Puy Story

Histoire d'une région.

Bonnes fêtes

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1. Le Noel de Guillemette

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"Guillemette ! Guillemette !"
L'appel de sa mère arrache la jeune fille à ses pensées.
Tristes pensées, en vérité...
Pourtant, en ce 24 Décembre, la joie rayonne dans les cœurs, les yeux brillent, les rires fusent.
Le village s'apprête à fêter la Nativité.
Depuis plusieurs jours, les chaumières résonnent des joyeux préparatifs.
Chez Guillemette aussi, chacun s'affaire.

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Les hommes ont installé la bûche de chêne dans l'âtre.
Pierre, le benjamin y a versé le vin et le sel qui préservent des mauvais esprits.
L'aïeul y a fait couler quelques gouttes du précieux cierge de la Chandeleur, celui qui garantit longue vie à toute la maisonnée.
Les femmes ont sorti le porc du saloir.
Après la messe de Minuit, la soupe sera bonne.
Guillemette, elle-même, a préparé le gâteau traditionnel à base de pommes, de noix et de miel.
Mais elle se sent étrangère à cette liesse ...
"Guillemette ! Guillemette ! Viens t'habiller pour la messe !"

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C'est vrai... la crèche vivante...
N'a-t-elle pas été choisie, parmi toutes les jeunes filles de la Seigneurie, pour incarner la Vierge Marie ?
Un honneur que toutes ses compagnes lui envient...
Pourquoi ce poids pèse-t-il sur son cœur ?
Pourquoi toute cette animation lui paraît-elle dérisoire ?
Pourquoi deux yeux bleus dansent-ils devant les siens ?
"Guillemette ! Guillemette ! ... mais à quoi rêves-tu ? Je te parle, voyons !
- Oui, Maman !...  
Surtout tu ne lèveras la tête sous aucun prétexte, tu garderas une attitude modeste et recueillie, tu... "
Mais Guillemette n'entend plus rien.
Lancinants, les souvenirs affluent...
Il avait promis :
"Je serai de retour aux vendanges. 
Je poserai mon sac. 
Je resterai dans ton village. 
Attends-moi !"
Et voilà des mois que le vin est en fûts, des mois qu'elle espère, des mois que son cœur bondit au moindre bruit de pas...
Mais rien !
Pourtant, elle sait qu'il était sincère, ce beau colporteur.
Il était venu un matin d'Avril, avec ses quenouilles et ses fuseaux.

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On l'avait accueilli à la ferme comme le veulent les lois de l'hospitalité.
A la veillée, il avait raconté ses voyages, sa vie aventureuse et Guillemette buvait ses paroles.
Et lui ne semblait parler que pour elle...
Surtout lorsqu'il disait qu'il était las de courir les routes, qu'il voulait fonder un foyer.
Il avait réparé les rouets et avait repris son chemin...
Mais ses dernières paroles étaient pleines d'espoir.
Alors ?
"Guillemette ! Guillemette ! Nous partons ! L'heure avance".
Arrivée dans l'humble chapelle, la jeune fille prend place entre le bœuf et l'âne, serrant dans ses bras l'Enfant Jésus de chiffons.
Les trois messes basses se déroulent.
Guillemette pense à Jehan.

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Peut-être est-il seul dans le froid et la neige ?
Peut-être l'a-t-il oubliée ?
Peut-être est-il en train de faire les mêmes promesses à une autre fille, là-bas ?
Et Guillemette prie.
Elle implore Marie de l'aider, de la protéger.
La cérémonie touche à sa fin.
Un homme s'avance vers l'autel.
Il porte l'agneau blanc.

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En cette nuit sainte, Dieu pardonne les fautes et l'âme des Fidèles retrouve sa blancheur à l'image de la toison de cet agneau.
Le rôle de Guillemette est terminé.
Désormais, l'agneau symbolisera la pureté dans la crèche de Noël.
La jeune fille va rejoindre sa famille.
La main du berger se tend pour l'aider.
Elle lève la tête et ses yeux rencontrent ... un regard bleu qui lui sourit.
"Je suis là !"
dit une voix grave.
Ce fut, sans doute, le plus beau Noël de Guillemette.

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La nuit de noël

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J'attendais toujours avec impatience les fêtes de Noël.
Autrefois, pendant une période appelée l'Avent, on nous incitait déjà à préparer avec ferveur cette grande fête religieuse dite "fête carillonnée".
Chez nous, le soir de Noël, des hommes vigoureux venaient poser l'énorme bûche dans la grande cheminée.
Selon le rite habituel, le maître de la ferme, répandait sur la grosse bûche quelques gouttes d'eau bénite avec un peu de sel.

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La bûche devait "tenir" le feu pendant plusieurs jours.
Quand elle était entièrement consumée, on mettait de côté quelques charbons afin de protéger la ferme du feu et de l'orage pendant toute l'année.
Avec la bûche enflammée, la joie était entrée dans la grande cuisine où l'on préparait à réveillonner avant la messe de minuit.

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C'était alors la traditionnelle "soupe grasse" suivie du "bouilli" (pot au feu) que l'on retrouvait encore le soir du premier de l'an.
Le repas se prolongeait avec mes frères et mes sœurs j'apprenais à chanter les Noëls poitevins, ces vieux Noëls, la plupart abandonnés maintenant.
Quelle ne fut pas ma grande joie, lorsque pour la première fois, on m'autorisa à assister à la messe de minuit.

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L'église était située à une lieue (4,8 km) de notre demeure.
Je partais avec ma famille, les yeux lourds de sommeil, dans la nuit noire et très froide.
Des voisins nous rejoignaient et les groupes se formaient.
Les femmes enveloppées de leur grande cape de laine, parlaient peu et suivaient avec peine les hommes, coiffés de chapeaux à fond aplati, qui faisait claquer leur sabots teintés sur la terre gelée et qui pour la circonstance, portaient la blouse de cérémonie.

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Au loin, s'envolait le carillon de Noël.
Dans l'église obscure, éclairée seulement par quelques luminaires, on apercevait, dans nef, toujours à la même place, la crèche peuplée de personnages sculptés par les gens des hameaux.
Avec les enfants de mon âge, je venais contempler le petit Jésus entouré Marie et de Joseph.
L'âne, le bœuf, les moutons avec leurs bergers, parmi la pierre et la mousse, au milieu des branchages, faisaient notre administration.
Pendant l'Office, les assistants engourdis dans leurs vêtements attendaient le "Minuit Chrétien" chanté par le "ténor" du village.
Mais peu à peu, nous succombions au sommeil et déjà la ferveur était réduite lorsque commençaient les deux autres messes basses auxquelles nous avions l'habitude d'assister.

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Au retour de très modestes cadeaux nous attendaient dans les sabots placés devant la cheminée.
Il y avait aussi des pipes en sucre, des noix, des noisettes de la dernière récolte.
On nous servait un bol de lait chaud et nous allions nous coucher rapidement.
Autrefois, dans la joie de Noël, les fêtes de famille se prolongeaient plusieurs jours.
Les anciens attachaient également une grande importance à la température de ces journées.
Ils croyaient que le temps des premiers mois de l'année dépendait du temps des fêtes de Noël.

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Cependant, de toutes les maximes, la plus simple et la plus vraie était sans doute
"Noël au balcon, Pâques au tison".
A la fin de l'année, deux autres journées étaient très attendues.
Celle du "Premier de l'An" qui permettaient les échanges de vœux entre parents et amis.
Nous les enfants, nous étions bien gâtés.
Nous recevions des gâteaux, des friandises et parfois des sous pour étrennes.
Et puis, quelques jours plus tard, les réjouissances de l'Epiphanie venaient terminer les fêtes de fêtes de Noël.

Jacques Maupillier (garde)

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