Puy Story

Histoire d'une région.

"Et je marche toujours dans mes sabots trop lourds…"

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Lorsque j'entends le marchand de quenouille au Puy du Fou, je me remémore les déplacements effectués tous les jours par les gens des mon village.
Autrefois, pour se déplacer, on ne connaissait que la marche à pied dans ce grand pays dont la route est le sentier.
Et je me revois encore sur le chemin de l'école.
Avec mes frères et mes sœurs, je partais de bonne heure, enveloppé en hiver de mon capuchon épais souvent encore humide de la veille.
La route me paraissait longue.
Des enfants du voisinage venaient nous rejoindre et mes petites jambes ne pouvaient pas toujours suivre la bande.
Très jeune, mes parents m'avaient gardé pour aller travailler.
Dès ma 12ème année, j'étais "gagé" chez un métayer.
Celui-ci m'avait jugé solide pour mon âge :
"Plus tard, il devrait faire un bon valet !"
...avait-il dit à mon père.

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Depuis le lever du jour, j'étais sur pied.
Je conduisais les bêtes aux champs, je suivais la charrue dans les longs sillons, j'amenais à la ferme des lourdes charrettes de foin ou de gerbes de blé sous les plus grandes chaleurs d'été.
Le soir, je me couchais souvent épuisé de fatigue.
Le dimanche matin, je retrouvais ma famille quand elle s'apprêtait à se rendre au bourg assister à la grand'messe.
Les habitants de la campagne avaient l'habitude de prendre leur repas dans les maisons "attitrés" du bourg.
D'autres faisaient 4 ou 5 kilomètres pour aller déjeuner dans leur ferme et revenir aux Vêpres.
Je restais finir la soirée avec des jeunes de mon âge.

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De retour à la maison, je changeais de vêtements.
Il fallait rejoindre la métairie.
J'avais toujours le cœur gros en partant, car j'appréhendais la traversée d'un petit bois, seul sur la route la nuit tombante.
Je ne devais attendre personne pour mes déplacements.
On ne sortaient les voiture que pour les grandes occasions.
Elles étaient réservées aux personnes âgées qui avaient des difficultés pour marcher.
Les veillées et les visites dans les fermes voisines venaient rompre la monotonie.
Pour s'y rendre, on prenait des raccourcis.
Mais on devait escalader les clôtures, sauter les échaliers à travers d'épais fourrés.

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Je me souviens des pèlerinages que des gens pieux organisaient chaque année.
Je les voyais partir en groupes joyeux vers le tombeau du Père de Monfort ou vers d'autres lieux vénérés souvent lointains, nécessitant parfois plusieurs jours de marche.
Et que dire des jours de foires ou de marchés !
Quel encombrement sur les routes !
On voyait les gens s'acheminer vers la ville.
Les hommes coiffés du traditionnel chapeau, vêtus d'une large blouse discutaient en marchant, s'appuyant sur leur bâton, inséparable compagnon de voyage.
Les femmes, les deux bras chargés de lourds paniers, avaient hâte d'arriver pour se défaire de leurs denrées. Je ne connaissais que les foires "gageries" de la Saint-Jean et de la Saint-Michel.
Toute la journée, indifférent aux ébats des vendeurs et des acheteurs, dans la foule qui se pressait un peu partout, je recherchais les garçons, valets de ferme comme moi.

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Sur le chemin de retour, je rencontrais les "toucheurs de bœufs" infatigables.
Debout depuis le petit matin, ils devaient marcher encore toute la nuit derrière les bêtes qu'ils allaient "livrer" aux acheteurs.
Je me souviens aussi des compagnons du village qui venaient souvent effectuer de petits travaux aux bâtiments de la ferme.
Ils arrivaient un petit sac sur le dos contenant leurs outils et leur nourriture pour la journée.
Parfois, je voyais "les grands coureurs du temps", ces marchands de toutes sortes et les vagabonds qui venaient nous surprendre.
Et chacun pouvait redire comme le marchand de quenouilles :

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"Dès que la lumière me fait signe,
La nuit arrête mon chemin.
Pour une soupe et pour la veillée,
La porte s'ouvre à l'amitié".
Jacques Maupillier (Garde)

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La vie au village

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D'après mes grands-parents, avant la tourmente de 1793, le Bocage était recouvert de bosquets et de fourrés épais.
Les terres incultes envahies d'ajoncs rendaient le pays presque impénétrable.
Une seule route traversait la région.

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Dans ce fouillis de verdure se blottissaient de petits villages, à deux ou trois lieues l'un de l'autre (1 lieue= +/-4,5km).
Ici et là, émergeait d'une colline un clocher entouré de maison.
Un monde mystérieux d'oiseaux mêlait ses cris au martèlement du métal sur l'enclume.
A travers les haies touffues parvenait les voix du bouvier conduisant son attelage aux champs.
La contrée était calme.

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Mais ce n'est pas sans une certaine frayeur que l'on suivait les chemins encaissés et étroits.
Dans mes jeunes années, j'allais souvent au village voisin porter à mon oncle un panier débordant de produits de notre ferme.
Il était sabotier.
Il travaillait toute la journée, arrivant à peine à satisfaire ses clients.
En été, il fabriquait des sabots de bois de vergne (aulne) plus légers à porter.

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En hiver, le bois d'ormeau très dur et plus lourd ne facilitait pas sa tâche.
En ce temps-là, le village pouvait se suffire à lui-même.
Ne trouvait-on pas un artisan dans la plupart des maisons ?
J'entendais le claquement des métiers à tisser dans les caves.
J'aimais m'arrêter devant le potier.
Sous ses doigts agiles, la terre argileuse devenait, tout à tour, cruche, plat ou écuelle…

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Je parcourais les rues faites de terre battue, empierrées par endroits.
De chaque côté, bâties de plain-pied, les maisons de faisaient face, attenantes à un bout de jardin.
Des treilles et des poiriers en garnissaient les façades non crépies aux portes pleines et aux petites fenêtres à barreaux.
Sur une colline toute proche, le vent faisait tourner les ailes d'un moulin.
Le meunier tirait également profit d'une petite rivière où le moulin à eau produisait la farine.

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Les fermiers se ravitaillaient chez lui avant de cuire le pain au four.
Entre-temps, le meunier se faisait rebouteux, guérisseur, arracheur de dents et sa renommée dépassait de loin le village.
On le comptait parmi des "notables" de la bourgade.
Sans nul doute, le forgeron occupait également une place importante au village.
Il avait supplanté les petites forges et les enclumes des fermiers qui, jusqu'alors, fabriquaient ou réparaient eux-mêmes leurs propres outils.

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Toute la journée, son enclume résonnait comme le tintement d'une petite cloche.
Les rues étaient animées par le travail des artisans.
Je m'attardais souvent devant l'atelier du charron, fasciné par le brasier et le cercle de fer chauffé à blanc.
J'étais subjugué par les gestes vifs et calculés que les hommes exécutaient pour poser ce cercle incandescent sur la roue de charrette.
Je revois encore la fumée qui s'échappait et j'entends le grésillement du bois.
Vite un seau d'eau pour refroidir !

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Cela se passait devant l'échoppe du charron.
J'accompagnais les femmes au puits de la petite place.
Le treuil se déroulait vite.
J'écoutais le grincement de la chaîne et le bruit particulier que faisait le seau en tombant dans l'eau.
Avec les garçons de mon âge, que de fois je me suis penché par-dessus la margelle pour me mirer dans d'eau profonde !
La population vaquait à ses occupations du matin au soir.

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Travail pénible, sans doute, mais les fêtes familiales et religieuses, les noces, la fête du Saint-Patron marquaient un temps d'arrêt.
Malgré la visite des colporteurs qui venaient offrir leurs marchandises, nous allions aux foires très fréquentées dans les environs.
Le soir, nous rapportions "la part de foire" à ceux qui gardaient la ferme.

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C'est Monsieur le Curé, principal personnage du village, seul lettré, la plupart du temps, qui m'avait appris à lire.
Il tenait les registres paroissiaux qui faisaient état d'actes religieux, baptêmes, mariages et sépultures qui cadençaient la vie des gens.
La population rurale se rassemblait aux offices chaque dimanche.
A la sortie de l'église on aimait se raconter les dernières nouvelles et discuter des travaux de saison.
Ces rencontres se prolongeaient souvent bien après l'heure du repas.

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L'enfant que j'étais, observait cette population active, tenace, attachée à sa terre et qui devait sa prospérité au travail de chacun.
Je connaissais tous les gens.
Malgré leur dure besogne, ils me paraissaient heureux.
J'en conserve une image de bonheur et de sérénité.

J. Maupillier (garde)

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La nuit de noël

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J'attendais toujours avec impatience les fêtes de Noël.
Autrefois, pendant une période appelée l'Avent, on nous incitait déjà à préparer avec ferveur cette grande fête religieuse dite "fête carillonnée".
Chez nous, le soir de Noël, des hommes vigoureux venaient poser l'énorme bûche dans la grande cheminée.
Selon le rite habituel, le maître de la ferme, répandait sur la grosse bûche quelques gouttes d'eau bénite avec un peu de sel.

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La bûche devait "tenir" le feu pendant plusieurs jours.
Quand elle était entièrement consumée, on mettait de côté quelques charbons afin de protéger la ferme du feu et de l'orage pendant toute l'année.
Avec la bûche enflammée, la joie était entrée dans la grande cuisine où l'on préparait à réveillonner avant la messe de minuit.

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C'était alors la traditionnelle "soupe grasse" suivie du "bouilli" (pot au feu) que l'on retrouvait encore le soir du premier de l'an.
Le repas se prolongeait avec mes frères et mes sœurs j'apprenais à chanter les Noëls poitevins, ces vieux Noëls, la plupart abandonnés maintenant.
Quelle ne fut pas ma grande joie, lorsque pour la première fois, on m'autorisa à assister à la messe de minuit.

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L'église était située à une lieue (4,8 km) de notre demeure.
Je partais avec ma famille, les yeux lourds de sommeil, dans la nuit noire et très froide.
Des voisins nous rejoignaient et les groupes se formaient.
Les femmes enveloppées de leur grande cape de laine, parlaient peu et suivaient avec peine les hommes, coiffés de chapeaux à fond aplati, qui faisait claquer leur sabots teintés sur la terre gelée et qui pour la circonstance, portaient la blouse de cérémonie.

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Au loin, s'envolait le carillon de Noël.
Dans l'église obscure, éclairée seulement par quelques luminaires, on apercevait, dans nef, toujours à la même place, la crèche peuplée de personnages sculptés par les gens des hameaux.
Avec les enfants de mon âge, je venais contempler le petit Jésus entouré Marie et de Joseph.
L'âne, le bœuf, les moutons avec leurs bergers, parmi la pierre et la mousse, au milieu des branchages, faisaient notre administration.
Pendant l'Office, les assistants engourdis dans leurs vêtements attendaient le "Minuit Chrétien" chanté par le "ténor" du village.
Mais peu à peu, nous succombions au sommeil et déjà la ferveur était réduite lorsque commençaient les deux autres messes basses auxquelles nous avions l'habitude d'assister.

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Au retour de très modestes cadeaux nous attendaient dans les sabots placés devant la cheminée.
Il y avait aussi des pipes en sucre, des noix, des noisettes de la dernière récolte.
On nous servait un bol de lait chaud et nous allions nous coucher rapidement.
Autrefois, dans la joie de Noël, les fêtes de famille se prolongeaient plusieurs jours.
Les anciens attachaient également une grande importance à la température de ces journées.
Ils croyaient que le temps des premiers mois de l'année dépendait du temps des fêtes de Noël.

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Cependant, de toutes les maximes, la plus simple et la plus vraie était sans doute
"Noël au balcon, Pâques au tison".
A la fin de l'année, deux autres journées étaient très attendues.
Celle du "Premier de l'An" qui permettaient les échanges de vœux entre parents et amis.
Nous les enfants, nous étions bien gâtés.
Nous recevions des gâteaux, des friandises et parfois des sous pour étrennes.
Et puis, quelques jours plus tard, les réjouissances de l'Epiphanie venaient terminer les fêtes de fêtes de Noël.

Jacques Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:10 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [2] -

Le Feu

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J'aime vous voir réunis autour du feu, à chaque veillée d'hiver.
Le feu, c'est la magie chaque fois renouvelée de la chaleur et de la lumière.
Feu de la Saint-Jean où je dansais avec les filles et les gars du temps de ma jeunesse, comme vous aujourd'hui.
Feu de sarments sur lequel nous faisions griller les châtaignes et les premières pommes de terre qui commençaient une timide apparition dans le bocage.
Feu de l'âtre qui chauffait péniblement la maison au creux de l'hiver.

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Quand je vous vois craquer une minuscule tige de bois et faire naître la flamme d'une brassée de sarments, je crois rêver !
Savez-vous qu'après le grand désastre, il nous fallut réinventer le feu, en faisant jaillir des étincelles avec des pierres dures !

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Ce feu, on le cultivait, on le dorlotait.
On conservait les baises sous la cendre et on les échangeait de maison en maison.
Les femmes, qui ne pouvaient entretenir un feu toute la journée venaient quémander (demander) chez la voisine une pelletée de braise ou bien remplissaient l'écuelle de leur chauffe-pieds.

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L'hiver, on voyait partir de bon matin les bergères vêtues de leur cape de droguet, quenouille au coté, tenant d'une main un bâton, de l'autre la chaufferette en terre où les braises jetaient de petites lueurs rouges.

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Dans les rares maisons qui disposaient de plusieurs pièces, la salle commune, ouvrait ses deux yeux, c'est-à-dire la chaleur et la lumière qui se perpétuaient dans la cheminée devant laquelle la maisonnée s'entassait pour la veillée.
J'aime vous voir réunis autour du feu, à chaque veillée d'hiver.

J. Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:15 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Les lavandières

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Avec les jeunes lavandières, au bord de l'étang, les soirs de représentations, je voudrais évoquer ces femmes "dau daué" (du lavoir) comme on les appelait toujours chez nous.
Toute la journée, courbées sur leur garde-genoux on les voyait tremper le linge pour le savonner et le brosser.
De temps en temps, elles soulevaient la lourde étoffe humide qu'elles tordaient et battaient fortement.
Je les revois remontant de la rivière…
La petite roue de la brouette à barreaux de bois grinçait à chaque tour.
La côte était rude. Les matins d'hiver, les mains leur faisaient mal dans l'eau glacée.
Elles se les réchauffaient parfois devant un brasero en buvant un vin chaud sucré.
Dans les bourgs, on admirait ces femmes courageuses qui exerçaient, sans relâche, ce métier pénible.
Mais ces femmes "dau doué", c'était un monde.
N'avaient-elles pas la réputation de savoir les tous les potins du jour ?
Souvent disait-on "en lavant le linge, elles lavaient leur client" !

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Tout était prétexte à ce genre de bavardage.
La réussite ou l'échec, l'infortune, la souffrance et même la misère des autres..
Et c'est pourquoi, on les voyait se défouler en frappant de plus en plus fort sur le linge avec leur "bâton".
Ah, ce n'était pas rien, disait-on encore de passer par la goule dans femmes "dau doué".
On arrivait toujours de bonne heure au lavoir pour prendre la meilleurs place et … peut-être aussi… pour connaître les premières nouvelles du jour.
Parfois des disputes éclataient… on s'insultait pour une place convoitée, là où l'eau coulait clair, où la pierre de granit était plus belle, pour donner à la brosse un meilleur rendement.
Chez nous à la ferme, nous n'avions pas de laveuses attitrées.
Les femmes de la maisonnée participaient toutes à la "grande lessive" qui se faisait chaque année, en avril et en octobre.

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Dans les fermes, deux ou trois "pômes" à buée servaient à leur faire bouillir les draps, avec la cendre tamisée du four à pain.
Pur les faire sécher, on étendait les draps dans les grandes prairies lavée par les pluies.
Le reste du linge était lavé dans une fosse alimentée par la source d'une fontaine dans le "pâtis" derrière notre ferme.
Nous ne reverrons plus les lavandières.
Nous n'entendrons plus leurs voix allègres couvertes par le bâton.
Mais grâce à la restauration de certains lavoirs, il nous sera encore possible de leur rendre hommage et d'imaginer leur dur métier d'autrefois…

J. Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:12 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -


Le repas du paysan.

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L'épais brouillard qui couvrait la campagne n'avait pas disparu en cette fin de matinée d'octobre.
Pas un rayon de soleil, pas une ombre ne pouvaient indiquer l'heure du repas aux valets de la ferme qui labouraient le grand champ du Bois.

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Mais le creux de leur estomac disait qu'il était temps de laisser reposer les trois paires de bœufs et de regagner la ferme toute proche.
Le maître les attendait dans la cour pour prendre le repas avec eux.
Le temps de se laver les mains dans la même eau au creux d'une pierre en granit et tous allaient se retrouver autour de la grande table massive au milieu de la cuisine.
Je revois ces hommes au visage basané et hirsute, revêtus chacun d'un pantalon rapiécée et d'un paletot toujours déboutonné.

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Ils entraient dans la pièce en traînant leurs lourds sabots sur le sol de terre battue.
A l'extrémité de la table, le maître s'installait à la place d'honneur et tous s'asseyaient sur un banc après lui.
Il servait la soupe fumante et après avoir signé le gros pain des huit livres, il le distribuait autour de lui.
La tête penchée au-dessus de l'écuelle, on mangeait presque toujours en silence.
De temps en temps, les hommes buvaient au même pichet un vin clair de la dernière récolte.
Je n'aimais pas ces heures de repas….

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Les hommes mangeaient seuls et jamais les femmes et les enfants ne s'attablaient pas pour manger avec eux.
Nous devions toujours attendre la fin des repas.
Quand le maître avait refermé son couteau, quand il s'était levé, tous les domestiques en faisaient autant.
Et pendant qu'ils sortaient, la tâche était distribuée à chacun pour le reste de la journée.
Ravigotés par ce repas, ils retournaient sans répit à leur travail.
Avec mes frères, nous allions porter la collation aux moissonneurs, pendant les durs travaux de l'été.
Quand le soleil allongeaient l'ombre des arbres, à l'orée du champ, ils retrouvaient l'appétit avec de la mogette, un morceau d'andouille et de pâté.

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Une abondante "trempine" faite de pain et de vin rouge sucré venait apaiser leur soif.
Souvent, nous restions goûter avec eux, car ils aimaient bien, faire partager les galettes de blé noir.
Je me souviens de ces soirs où dans la cuisine régnait une forte odeur de soupe aux choux que l'on servait régulièrement accompagnée de la mogette à tous les repas.
La viande était rare en semaine.
Quelquefois, on disposait sur la table un peu de charcuterie et du jambon.. ou même un lapin de garenne prit au collet rendait le menu plus copieux !!

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Les repas se terminaient presque toujours avec le fromage blanc de la ferme.
En hiver, c'était la bouillie de farine.
En été, le soir, on savait apprécier le caillé ou le traditionnel laitage fait de mil et que l'on distribuait aux amis pendant le temps de la moisson.
J'ai toujours gardé en mémoire ces crèmes fouettées que faisait ma grand-mère avec les œufs de perdrix découverts au printemps dans un champ de trèfle ou de seigle.

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Ainsi donc, chez nous, toute l'année, les produits de notre récolte pouvaient suffire à notre nourriture.
Elle n'était pas peut-être pas très variée, car à la ferme on tirait profit légumes de saison.
Et puis, on ne jetait jamais rien.
Le matin, avant le "pansage" pendant que les femmes "passaient" le lait, les hommes mangeaient les restes de choux vert réchauffé avec de la crème.
Et que dire du pain de six, huit ou douze livres, pétri, fermenté et cuit dans le fournil ?

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Avec la croûte épaisse et dure, il pouvait attendre la prochaine fournée, trois semaines plus tard.
J'appréciais beaucoup notre pain de ménage.
Il sentait bon la fleur de farine.

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Dans les fermes avoisinantes on n'en faisait pas de meilleur.
Et puis n'était-il pas le symbole de tout notre travail ?

J. Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 23:07 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Les femmes à la ferme

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Aux premiers chants du coq, ma mère se levait pour rallumer, dans la cheminée, le feu qui avait couvé toute la nuit sous les cendres.
Après le "pansage" (entretien du cheval) les hommes venaient prendre le premier repas du jour.
Ensuite, chacun allait à ses occupations habituelles selon les saisons.
Mais, chaque jour, les vaches tirées, le lait passé, les femmes "brassaient" la crème pour faire le beurre.
Puis venait pour elles, les durs travaux des champs.

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Elles suivaient les hommes partout.
Je les revois éparpillant le foin fauché, soulevant les lourds baquets pleins de pomme de terre, coupant le blé à la faucille pendant les trois semaines de la moisson.
Avant l'hiver, elles allaient encore le dos courbé, trancher les feuilles de betteraves avant de les arracher.
Les vendanges ne se faisaient pas sans les femmes.

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J'ai vu des femmes épandre le fumier dans les champs avant le labour, bêcher le blé au printemps pour le nettoyer, préparer tous les plants, ramasser les topinambours, attacher la vigne, arracher les "trognons" (tiges) de choux pour les faire sécher.
Je me souviens de certaines cultures réservées aux femmes et qui demandaient beaucoup de soins, comme celles du blé noir, du mil (nom de diverses céréales caractérisées par la petitesse de leur grain) et de la "mogette" (Haricot blanc).

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Triée à la veillée sous une faible lumière pendant que les hommes tressaient des paniers ou des paillons (Petite corbeille ou emballage en paille).
Même dés le jeune âge, ne filait-on pas la quenouille de laine en gardant les moutons ?
Depuis les temps ont bien changé !

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On ne coupe plus le blé à la faucille, le laboureur n'appelle plus ses bœufs devant la charrue.
Et on ne voit plus passer les travaux des saisons.
Les femmes de chez nous ne vont plus semer ou piquer les pommes de terre, ni charger les charrettes….

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Aussi, ce n'est pas sans une certaine émotion que je vois pendant le spectacle ces femmes revenant du travail en tirant et en poussant péniblement la charrette.

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Et puis, cette femme lisant la lette du soldat de la tranchée me rappelle toutes celles qui pendant la guère avait pris la place de leur mari absent pour diriger la ferme.
Aujourd'hui, le cadre est différent, les travaux ne sont plus les mêmes.
Mais sur notre chemin, ne retrouvons-nous pas au Puy du Fou et ailleurs les femmes courageuses d'antan ?
J. Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:15 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Les vendanges.

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A la toussaint dernière, les sarments (rameau vert de la vigne) avaient gardé leurs feuillages d'automne et le vigneron pouvait déjà envisager pour cette année une récolte abondante.
Plus tard, le soleil rayonnant de la Saint-Vincent lui promettait beaucoup de jus au sarment.
"Autant de brouillard en mars, autant de gelée en mai".
Mais les récoltes n'ont a été compromises par les gelées avant la Saint-Donatien.
De plus, la Saint-Médard n'a pas connu d'averses.

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Alors le cultivateur peut regarder ses tonneaux, car le mois de juillet a été chaud….
"La pluie du mois d'août a apporté le miel et le bon goût"… et pour "les étoiles filantes de septembre les tonneaux seront trop petits en novembre"…
Si quelques proverbes retrouvés dans mon vieil almanach ne sont pas toujours pris au sérieux, ils nous rappellent toutefois l'expérience de ceux qui ont vécu avant nous.
En cette année, ils confirment l'abondance de la récolte.
Les vignes sont belles !
Le vin sera bon !

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Je me revois, enfant, grimpé sur le "charreteau" tiré par une paire de bœufs, et qui nous conduisait dans notre petit lopin de vigne.
Dans la gaieté, on remplissait les paniers, les "basses", les "bailles".
Les hommes portaient les récoltes et écrasaient les raisins.
Le jus coulait avant d'arriver au cellier.

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Je retrouve encore l'odeur des raisins écrasés et le bruit du cliquet du pressoir que les hommes serraient à un rythme ahané.
On se prêtait les pressoirs.
Tous ces travaux s'effectuaient en famille et entre voisins.
J'aimais beaucoup la saison des vendanges.
Ne retrouvez-vous pas encore au Puy du Fou un peu de cette ambiance d'autrefois ?
"Juste le temps de renverser le barricot pour faire couler le vin nouveau qui fait oublier la sueur sur les fronts moites".
Jacques Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:36 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [0] -

Les Veillées d'autrefois…

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Les veillées du Puy du Fou commence toujours par un long silence...

Quelles étaient agréables ces veillées en hivers !
Je les aimais bien.
Dans la grande cuisine au sol de terre battue où l'on se rassemblait, les hautes flammes suffisaient pour nous éclairer.
Nous étalions devant nous, les outils qu'il fallait réparer.
Nous confectionnions des "papillons", des paniers ….
On voyait alors les brins d'osier se courber, s'enrouler continuellement…

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Les femmes apprêtaient leurs quenouilles.
Dans le courant de la triste saison, nous avions souvent l'occasion de nous rencontrer entre amis.
En effet, les voisins venaient se joindre à nous et les heures semblaient moins monotones.
Tandis que les hommes passaient leur temps à discuter et à goûter le vin nouveau, les femmes aimaient se retrouver devant l'âtre.
C'était aussi d'interminables parties de cartes ou de palets qui se terminaient presque toujours par des histoires de garous, des récits de légendes et de sorcelleries…

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Et l'on s'en retournait tard dans la nuit, par les chemins creux vers nos demeures….
Les grandes veillées étaient organisées au moment de "au gui de l'an neuf" et pendant les festivités de la chandeleur et du Mardi-gras ?
Mais "le soir de la fressure", les crêpes et "les bottereaux" (petits beignets) n'ont peut-être pas complètement disparu et ne devez-vous pas encore aujourd'hui vous retrouver pour partager la joie et maintenir l'amitié dont on a toujours besoin ?
Jacques Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:33 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Petits métiers d'autrefois.

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L'été dernier, au cours du spectacle la Cinéscénie, on a évoqué pour vous le souvenir du marchand de quenouilles arrivant chez nous à la veillée…., vendeur d'almanachs toujours très recherché les jours de foire.
Cela me fait penser à tous ceux qu'on appelait coureurs, galopins, calourets, cherche-pain…..
Ils parcouraient la campagne pour vendre des tisanes (la sanguenite contre les vers), des liens de fer appelés arçons pour lier les sabots.

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Il y avait encore le marchand de sangsues, le marchand de complaintes, le marchand de bouchons de vaisselle qui faisait la joie des ménagères et le marchand de messe.
La pauvreté des gens et peut-être le manque de dévotion obligeaient ce dernier à ne vendre que des demis ou des quarts de messe.

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On trouvait aussi de multiples petits métiers indispensables à la vie de la ferme, comme le rémouleur, le rétameur, le taupier, le forgeron et le cordonnier ambulant (appelé le sabourin) qui trouvait toujours par ci, par là, un soulier à coudre.
A cette époque, une paire de chaussures de cuir ne devait-elle pas durer une vie d'homme ?
La plupart de "ces gens de passage" acceptaient le couvert préparé et le gîte dans la grange.
Autres temps… autres manières de vivre.

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Le marchand de quenouilles et les vendeurs d'almanachs s'en sont allés avec tous ces petits métiers.
Le temps a tout effacé….
Comme moi, essayez donc de les découvrir, vous verrez, ils étaient, malgré tout, bien sympathiques !
Jacques Maupillier (Garde)

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