Puy Story

Histoire d'une région.

Patrimoine … médicinal

Puy20061377

Je revois encore le visage de cette femme se penchant sur mon lit.
Elle avait les cheveux grisonnants, ébouriffés et elle me fixait de ses yeux envoûtant.
Ses lèvres remuaient et ses mains s'ouvraient large devant moi.
Plus tard, on m'a appris que des gens avaient le don de guérir... quelquefois.
On les appelait "traiteurs, conjureurs".
Ils étaient très souvent les médecins de nos "grands-pères" et ils leur prodiguaient ce qu'on appelle encore maintenant" des remèdes de bonnes femmes".
A défaut de guérison, nos anciens pouvaient-ils prétendre à un certain adoucissement ?
Que ne fait-on pas habituellement en proie çà la souffrance ?
Alors, il ne fallait pas s'effrayer des recettes qu'on vous imposait.
Jugez-en plutôt.
Souvent dans les préparations, on trouvait des araignées, des rainettes, des vipères vivantes, des cataplasmes d'escargots, des limaçons, des crottes de chien blanc etc……
On soulageait les rhumatismes en se frottant avec de la peau de chat sauvage !
Pour guérir une méningite… un crapaud vivant emprisonné dans un bonnet de coton était appliqué sur le crâne !
D'autres méthodes moins terrifiantes étaient proposées.
Une prière à le Vierge faisait disparaître la fièvre ; des clous étaient enfoncés dans les chevrons d'une vieille maison.
Saviez-vous qu'il fallait mettre du sel dans sa poche pour passer une rivière quand on avait une plaie ?
Les recettes vous font sourire.
Trop souvent, devant les épidémies, les maladies graves, il manquait l'espérance à nos anciens.
C'est pourquoi ils se tournaient alors vers les charlatans, odieux par leur sorcellerie et leurs procédés mystérieux.
Autres temps, autres mœurs….
Mais le savoir du paysan en la vertu des plantes (véritable patrimoine) n'a-t-il pas fait son chemin ?
Pour guérir leurs maux, les hommes continuent donc à se tourner encore vers les plantes où elles sont encore à l'honneur dans bien des familles.

(Jacques Maupillier)

Posté par Puystory à 00:10 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [0] -


Quand on chantait !!!

Puystory_04837

On chantait beaucoup dans notre bocage.
Tout l'environnement était source d'inspiration.
On chantait le travail du paysan, les métiers, les moulins, les animaux, les fêtes….
J'entends encore les vocalises des jeunes valets menant boire le bétail ou revenant des champs au crépuscule.
Leurs chants langoureux me séduisaient.
Que de fois aussi ai-je entendu "la chanson de toile" de la jeune fille de la ferme voisine.
A l'ombre d'un vieux châtaignier, elle exerçait sa voix argentine tout en filant la quenouille.
Les refrains s'unissaient aux chants des oiseaux d'alentour.
En toutes saisons, on entendait chanter le rémouleur, le marchand de peaux de lapins sur un ton monocorde, le sabourin à plein gosier, parcourant les rues de mon village.
Ils annonçaient leur passage pour solliciter la clientèle.
On chantait durant les travaux d'été.
On s'animait, on s'exaltait en chansons devant les derniers blés à faucher.
Le soir des vendanges particulièrement, après une journée bien remplie, les hommes s'assemblaient dans le cellier.

Puystory_04839

Le verre à la main, la casquette en arrière sur un visage grimaçant, ruisselant et rouge, adossés aux barriques, les disciples de Bacchus se réjouissaient de cœur en chansons.
Les chansons rythmaient également les étapes de la vie.
Ma grand-mère avait la charge d'endormir le dernier nè de la famille.
Je la revois dans un coin de notre vaste cuisine et je l'entends encore chanter de sa voix chevrotante et cassée la même chanson qui nous avait endormis.
La tête courbée sur elle-même, elle sommeillait parfois avant mon petit frère devant le berceau aux rideaux amidonnés.
Je crois que nous avons tous appris nos premières chanson quand elle nous faisait sauter sur ses genoux.
Le dimanche, en fin de soirée, il n'était pas rare de voir les groupes de jeunes s'en aller en chantant comme des fous à travers la campagne.
Mais, c'est surtout les jours de noces que la chanson trouvait son opportunité.

Relais Poste 092012-5

Pendant les repas, le vin aidant, toutes les voix se faisaient entendre. On assistait, alors à une cacophonie générale.
Le silence se faisait tant bien que mal et les meilleurs chanteurs et chanteuses étaient sollicités.
Aidé par "son papier", chacun piquait une pointe de fierté à chanter tous les couplets (30 à 40 parfois).
Le verre à la main, on entendait celui qui pouvait aller jusqu'au bout de sa chanson.
Et puis, après les compliments, venait la traditionnelle chanson de la mariée.
Le violoneux invitait ensuite à la dance.

Puystory_02570

Les noceurs s'en donnaient à cœur joie et même souvent à "l'avant-deux" accompagnait la musique de leur chants rythmés.
C'est encore en chansons que l'on conduisait les époux à leur demeure.
Quand la fête était terminée, n'entendait-on pas dans la fraîcheur du matin ?
On battait "le charivari" quand un veuf ou une veuve se remariait.
Dans les bourgs, on appréhendait les groupes d'hommes extravagants voire grotesques qui déambulaient dans les rues.
Un tintamarre accompagnait toujours le cortège au milieu de cris et de chansons entrecoupées de "you! you!" qui effrayaient les enfants réveillés.
Ainsi, les chansons conduisaient les hommes à la croisée des chemins aventureux.
C'était la chanson du chevalier quittant sa dulcinée pour aller à la guerre.
C'étaient nos ancêtres qui "chantaient au long des haies des strophes de foi et de feu"….

Puystory_02585

Au printemps de leur vie, les conscrits ramassaient les poules de village en village et sans se soucier de leur avenir, ils annonçaient à tous leur prochain départ sous les drapeaux.
Chansons d'hier…
Vieilles chansons folkloriques, cantilènes, chansons bachiques, mélodies ou romances mélancoliques, chansons à "ripouner", … je vous retrouve dans mon vieux cahier aux feuilles jaunies.
Malgré les craintes du lendemain incertain, malgré les soucis quotidiens qui pesaient lourd sur les cœurs, les chansons reprenaient le dessus et devenaient symboles d'espérance.

J. Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:10 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Derniers souvenirs

DSC_6425

Un dimanche après-midi d'octobre, mon grand-père m'avait demandé de l'accompagner pour sa promenade habituelle aux environs de la ferme (sans savoir que ce serait la dernière).
Tout était calme dans la campagne.
Un soleil d'automne sans éclat accordait cependant à la nature une beauté bien qu'éphémère.
Les feuilles des arbres se détachaient au vent léger et des oiseaux s'envolaient en bandes furtivement vers le bosquet voisin.
Mon grand-père aimait parcourir les champs qui lui rappelaient tant de souvenirs.
Il n'avait jamais quitté ce coin de terre auquel il s'était attaché.

Puystory_03166

Il connaissait tous les arbres centenaires témoins de son labeur, les chemins creux, les haies et les fourrés touffus les coteaux nappés de genêts.
A l'entrée d'un champ, son regard se porta sur un grand chêne.
Enfant, il avait joué sous son ombre en gardant le troupeau.
Plus tard, il était venu par les grandes chaleurs y faire la sieste.
Plus loin, il ne cessait d'admirer les sillons fraichement labourés qui s'alignaient droit devant nous.
Son regard perdu dans le lointain, il devint soudain triste.
Il ne disait plus un mot.
Je restais silencieux à côté de lui.
Je devinais l'émotion qui l'habitait au soir de sa vie.
Bientôt, il devait quitter les terres qu'il avait labourées, sa famille à qui il laisserait le patrimoine de ses ancêtres.

PUY_8741

Peut-être entrevoyait-il aussi le passé avec ses joies, ses souffrances, ses épreuves et l'espoir qui ne lui avait jamais manqué.
Il était resté homme de bien toute sa vie, en accord avec lui-même.
Il se confiait peu.
Peut-être de peur d'en dire trop.
Comme les paysans, il portait tout cela en son cœur.
Chez nous, l'âme du paysan a ses secrets.
La transmission de son exemple, de son courage et du patriotisme s'accomplissait ainsi sans parole.

Puystory_02115

Au contact de mon grand-père, dès mon enfance, l'amour de la terre et la fierté du paysan s'étaient déjà enracinées en moi.
Cette vie qui s'harmonisait pleinement avec la nature m'agréait.
Les saisons amenaient la diversité de mes occupations.
Je ne puis vous d'écrire tout le charme poétique qui m'envahissait quand je traçais les sillons dans la glèbe ou lorsque je conduisais la charrette remplie de gerbes de blé.
Autour de moi un monde d'oiseaux et d'animaux familiers.

Puystory_02736

Je me sentais heureux alors, insouciant, sans doute, inconscient peut-être.
Ma jeunesse ne voulait pas renier ce passé plein d'idéal, car mes pensées, mes aspirations ne s'arrêtaient pas au bout du chemin.
Mais peut-être se sont-elles révélées, et puis un jour,… "En cet été 1793…." .
Un événement déchirant est venu dans le bocage marquer la conscience des gens de mon âge…
"Je n'avais pas encore 16 ans, j'étais garde au Puy du Fou.
Avec mes frères et mes voisins, je m'en suis allé au combat, comme je m'en allais à l'ouvrage..
Avec les armes de la grange, la faux que l'avais emmanchée… droit pour en faire une baïonnette, la fourche qui me servait de pic, un aiguillon qui me servait de lance…
Je n'avais pas peur.
Ainsi que le disait mon père :
"Le courage s'accomplissait en moi comme la marche et la respiration.
Cependant, moi non plus, je n'avais rien pu faire…..
Les colonnes infernales de Turreau étaient passées.".

Puystory_02362

J. Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:10 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Bonne Année, Bonne Santé

Puystory_02213

Malgré l'allégresse des fêtes de Noël, nous vivions souvent les derniers jours de l'année dans une certaine mélancolie.
Ces journées sombres, sans soleil, nous rendaient tristes.
L'approche du Nouvel An n'allait-elle pas, en effet, nous rappeler une autre étape de notre vie ?
Au gui, l'an neuf !
Cette plante venue des profondes forêts de chênes et que les druides coupaient religieusement.

PUY_3703

Cette plante, à laquelle ils attachaient quelques vertus mystérieuses.
Avait-elle le pouvoir d'apporter le bonheur désiré au cours de la nouvelle année ?
Comme le voulait la coutume, la veille on allait, avec autant de cérémonie décorer la pièce principale de la maison.
C'est là, au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre qu'on attendrait les douze coups de minuit à sonner.

DSC_6563

Et jusqu'au matin, les viellées prolongées marqueraient le passage d'une année à l'autre.
Je me souviens… dans tous les foyers, on s'empressait d'offrir les vœux à tous ceux qui vivaient sous le même toit.
Les enfants, levés très tôt ne perdaient pas de temps.
C'est à qui aurait souhaité la bonne année le premier.
On leur avait appris à réciter la formule traditionnelle....
"Bonne Année, Bonne Santé ! Le paradis à la fin de vos jours !".

PUY_2067

Une grande sincérité se manifestait peut-être dans le mot à mot de certains petits enfants, mais les plus malicieux trouvaient leur plaisir à en modifier la fin.
Ils savaient, que de toute façon, ils recevraient des étrennes, un sou ou quelques friandises !
Les heures des repas étaient très perturbées, car on voisinait beaucoup ce jour-là.
Les femmes, heureuses de se rencontrer, prolongeaient leurs conversations en offrant la "petite goutte" ou la tasse de café.

PUY_3398

Je revois encore ces allées et venues…
On allait faire la tournée de tous les oncles et cousins.
On n'hésitait pas à faire plusieurs kilomètres à pied pour aller voir la famille.
Les hommes rentraient tard à la fin de la soirée après avoir discuté longuement dans les caves des voisins.
Le lendemain, on reprenait le travail sans attendre les bonnes promesses de la veille.

Jacques Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:01 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Petits maux, petits remèdes

Puy du Fou 2011 - 2118

Passant !
Lorsque tu chemines dans le pays du Puy du fou, ralentis ton pas.
Regarde autour de toi, regarde cette nature.
Nous, nous la contemplons avec respect.
Elle nous donnait tout.
La terre bien sûr, nous apportait le seigle, puis le labeur de l'homme faisait le pain.
Mais tant d'autres choses.
Sais-tu qu'au détour des chemins, la fleur jaune de la chélidoine ne nous échappait pas.
Le suc de sa gracieuse tige cueillie à l'été, soignait les verrues de génération en génération.
En notre temps, il y avait la fête aux semailles et à la Saint-Jean … et avec la joie dans les cœurs, mais nous traînions aussi avec la misère, la maladie… et point de médecin, à la ville bien sûr, mais pour nous autres la bonne mère nature !

PUY_5830

Que de fois ai-je vu les vieilles de chez nous "aller aux herbes", ramassant le tilleul, dans les grands carrés de lin, son infusion libérait de la fatigue du jour.
Et la valériane, "l'herbe aux chats" calmait le nerveux, si toutefois, il en supportait l'exécrable odeur.
Ah ! Oui, la nature nous donnait bien des remèdes quand l'oncle Jean de la borderie d'en bas fut pris d'entérite au printemps.
Je revois encore la tante Zélie préparant dans son mortier de bois, le cataplasme à la farine de lin, mélangeant l'huile d'amande douce et l'eau de vie… et il fallait garder le cataplasme froid sur le ventre un jour durant et les prières aidant, l'oncle Jean fut des nôtres pour le moi de Marie.
Pour l'entrée de l'hiver, le grand-père nous donnait pour nous fortifier, un petit verre de son quinquina.

Puy du Fou 2011 - 2343

L'intendant, lui rapportait l'écorce de chez l'herboriste à la ville et le grand-père la laissait macérer dans une grande cruche avec un litre de "son" vin rouge.
Aux petits maux……les petits remèdes.
La fleur de bleuet en collyre quand les yeux étaient rouges aux battages.
La barbe de maïs en infusion.
L'armoise et sa feuille velue qu'une femme honnête n'aurait pas goûtée, puisqu'on la disait bonne pour les avortements.
Oui ! La nature était bonne pour les pauvres.
Mais qu'aurait-elle pu contre la typhoïde qui emporta mon pauvre cousin Henri, ou la fluxion de poitrine qui terrassa ma sœur cadette malgré les enveloppements et les bains glacés qui lui prodigua ma grand-mère.
On soignait le mal par la mal !

PUY_7878

La brulure par l'eau de vie, la fièvre par les bains d'eau chaude,….il fallait attirer le mal.
Et puis, il y avait toujours l'aide du Bon Dieu et l'on priait Saint Blaise pour les maux de gorge, Sainte Marguerite pour les douleurs de l'enfantement.
Et le curé de notre paroisse, le pieux homme, nous secourait parfois en apportant une petite fiole de "Baume Tranquille" qui lui fournissait une de ses parentes de la ville.
Fabriqué en jetant autant de crapauds vifs qu'il y a de livres d'huile et en mélangeant le tout à du laudanum (préparation a base d'alcaloïdes du pavot somnifère – vin d'opium) et au placenta d'un nouveau-né mâle d'une primipare (Femme ayant une première grossesse).

PUY_0487

Ne disait-on pas que ce baume guérissait 17 maladies ?
Oui ! En passant regarde-la bien cette nature, elle a soulagé tant de nos misères !

Jacques Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:17 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -


Patrimoine.... Météorologique

PUY_9998

Chaque jour, avec les journaux, la radio, la télé, les prévisions du temps sont données sans aucun effort de recherche de votre part.
Autrefois, dans le labeur quotidien du paysan, le lever et le coucher du soleil, les quartiers de lune, les fêtes et les périodes du calendrier, tenaient une place importante, particulièrement dans les semailles et les récoltes, dans l'abattage du bois.
Ainsi, de tout temps, nos ancêtres ont-ils consulté la voute céleste, les astres, les nuages, le vent ….

DSC_0068

De ces observations, ils nous ont transmis des dictons où se mêlent les croyances, le charme et la poésie.
"Noël au balcon, Pâques aux tisons".
Une autre fête venait un peu plus tard confirmer le froid de l'hiver :
"Lorsque la chandeleur est claire, l'hiver vient par derrière".
Une semaine attendue était la semaine sainte.
On ne comptait pas sur un temps très clément pendant quelques jours et le dimanche des rameaux, le vent qui soufflait pendant la procession était le vent dominant de l'année.
Les rogations (les trois jours avant l'ascension) annonçaient le temps des principales récoltes de l'année.

PUY_6801 Puystory

Le temps du premier jour était celui de la fenaison, le deuxième jour celui de la moisson et le troisième celui des vendanges.
Pas question de manger des cerises quand il avait plu à la Saint-Georges.
Savez-vous que la pluie de la petite Saint-Jean (6 mai) annonçait la pluie de la Saint-Jean (24 juin) et que les récoltes étaient souvent compromises ?
Certaines observations journalières rassuraient le paysan qui devait se rendre à son travail.
Ainsi, le soir, dans le ciel, le halo de la lune annonçait la pluie selon qu'il était "auprès" ou au loin".

PUY_2966

Le matin, le laboureur se demandait s'il pouvait se rendre à son travail.
"Pluie du matin n'arrête pas le laboureur en chemin..."
Ou encore
"Brouillard dans la vallée, va travailler…."
Peut-être douterez-vous, quand on vous dira :
"S'il pleut à la Saint-Médard, il pleut quarante jour plus tard…."
A moins que
"Saint Barnabé, vienne tout effacer…"

Jacques Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:07 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [1] -

Un bocage plein de souvenirs et de belles promesses.

PUY_1192

Petites histoire du temps qui passe, colportées de métairie en métairie, vous avez nourri plus d'un cœur d'enfant !
Aux soirs de veillées, les bonne grand-mères et bons grand-père rapportaient une cargaison de rêves et on ne sait d'où !
Je me rappelle aussi de ce bon archange Saint-Michel dont Jacques le grand-père, né en 1895 me contait l'arrivée.
Jeune écolier à Saint Michel Mont Mercure, j'entrais peut-être dans ma neuvième année.
Depuis quelques jours, tous les yeux d'enfants guettaient de la cour de l'école, le remue-ménage au pied de l'église.
Puis vint le moment où tous figèrent leur regard sur l'énorme tête de Saint-Michel qui s'envolait vers les cieux.
Et ce fut le tour des ailes qui empruntèrent le même chemin dans l'ascension.

PUY_2586

Mais l'une d'elles resta bloquée à mi-hauteur du clocher, crochetée dans la pierre.
Elle restait là, se balançant sous l'effet du zéphyr.
Affolés, les ouvriers ne pouvaient plus la libérer.
Cependant, l'un d'eux, le père de l'abbé Rousseau prit l'initiative de se faire attacher, priant Saint-Michel de lui donner des ailes et sauta dans le vide la tête la première.
Quelques instants plus tard, notre bonhomme remonta perché sur son aile.
Ah ! Je me souviens aussi des grandes promenades du dimanche après-midi, où chaque fois grandissait toujours un peu plus un des géants de ce bocage, non loin de la demeure de "Prignon".
Chaque fois, le pont de Barbin, nous apparaissait plus élancé, plus fort et s'y mêlant nos rêves d'enfants, accrochés à la vieille locomotive.

Puystory625

Et parfois, les rêves d'enfants se brisent, mais d'autres histoires viendront….
On raconte déjà qu'au pays du Puy du Fou, les soirs d'été une immense fête de couleurs, de musiciens, de beauté, de spiritualité ensorcelle chaque fois un peu plus les cœurs venus des quatre coins du monde.
Ce sera pour notre grande lignée des enfants du pays du Puy du Fou, nourritures prometteuses, riches en souvenirs intérieurs et promesses pour d'autres grandes aventures.

Jacques Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:01 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [0] -

Les choux

PUY_4282 Puystory

Dans les brunes matinales et froides de novembre, avec mes compagnons de travail, il fallait "aller dans les choux".
Je m'en souviens….
Nous allions par les chemins creux impraticables, emportant sur notre dos les "rotes" (liens faits de branches) qui devaient servir à fagoter.
Avant de nous enfoncer dans les rangées de choux pour cueillir les feuilles, nous avions pris soin d'entourer nos jambes de pailles pour les garder sèches et chaudes.

PUY_0562

Un lourd et épais tablier, un sac de balle soutenu par des ficelles nous protégeait aussi de l'humidité.
Et puis avant "le repas de l'après-midi", l'un d'entre nous retournait à la ferme chercher la charrette pour rentrer les fagots laissée au bout des sillons.
Accompagnés d'un morceau de lard, les choux consistent un mets encore très apprécié.
Pour devenir centenaire, il fallait, paraît-il, manger des choux !

PUY_0300_DxO - Puystory

On raconte qu'une grande famine avait sévi vers 1680, au temps de Louis XIV (1638-1715), à cause des pluies abondantes.
Le seigle avait germé, les moissons étaient perdues.
A Paris, 150.000 personnes mourraient de faim.
L'ouest de la France avait moins souffert.
En effet, notre région avait été épargnée grâce aux "choux vert" et aux navets.
Jacques Maupillier (garde)

Posté par Puystory à 00:02 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [2] -

Quand j'avais dix ans

PUY_4621 Puystory

J'avais à peine dix ans.
Comme la plupart des enfants de mon âge j'allais garder les vaches aux champs.
Chez nous, autrefois, c'était toujours à partir du printemps, aussitôt la traite du matin, que l'on menait paître les vaches.
Je me souviens, j'avalais rapidement une soupe et mon panier sous mon bras, le bâton à la main, je conduisais le troupeau dans le pré de la vallée ou parfois dans la grande prairie proche de la ferme nommée "la Pré".

SH100080

Près de moi, mon chien Médor me suivait fidèlement et m'assurait protection.
Avec mes petites jambes, je n'arrivais pas à régler ma marche sur celle du troupeau déambulant à une cadence rapide dans le chemin encaissé qui conduisait à la pâture.
La fraîcheur du matin ravivait mon esprit. La campagne était belle.
J'admirais, dans les buissons, les premières églantines embuées de rosée.
Les oiseaux, débordant de vie, piaillaient autour de leurs nids.
Mon troupeau connaissait le chemin et se dirigeait seul vers l'entrée du pré dont la barrière était ouverte.
C'est non loin de là que je m'installais sur deux grosses pierres, lieu privilégié pour mon repas de midi.
Je connaissais toutes les vaches par leur nom.

DSC04611

Roussette était ma préférée.
Tout le jour, elle restait en ma compagnie et ne cherchait pas à s'éloigner.
Si une vache essayait de franchir la haie, Médor intervenait aussitôt.
Les journées me paraissaient longues.
J'apercevais quelquefois Germaine, notre voisine, qui suivait les cinq ou six vaches de sa borderie, dans la "chintre" du champ d'à côté.
Elle venait me parler par-dessus le buisson.
Je m'occupais avec des riens.
Je confectionnais des petites chaises, des paniers et des corbeilles avec des joncs.
Je tailladais dans des branches avec mon couteau pour fabriquer des sifflets, des bœufs, des petites charrettes.
Dans le ruisseau qui traversait la prairie, je pêchais des vairons.
Je n'avais qu'une ligne très rudimentaire composée d'une baguette, d'un fil et d'une épingle retournée où j'accrochais une sauterelle.
J'attrapais aussi des sangsues que j'allais vendre un bon prix !

PUY_4730

Le contact avec les animaux et cette vie en pleine nature me convenaient.
Je savais que mes petits frères et mes cousins viendraient me rejoindre.
Nos imaginations permettraient alors d'envisager toutes sortes d'amusement pendant ces moments de liberté.
Nous grimpions aux arbres.
Avec les grandes branches, nous réalisions des balançoires.
Nous jouions à saute-mouton ou à cache-cache parmi les vaches indifférentes à nos jeux d'enfants.
Les grandes filles tricotaient.
Quand ma tante venait me remplacer elle ne perdait jamais de temps.
Souvent elle commençait des dentelles au crochet ou bien elle reprisait des chausses et des bas troués.
Elle emportait aussi la quenouille (emblème de la bergère) pour filer le lin.
Les bêtes rentraient à la ferme le soir quand le maître nous appelait avec sa corne.
Quand j'avais dix ans, j'accompagnais également les valets aux labours, à la fenaison, à la moisson, aux vendanges.
J'allais passer la bineuse dans les choux.
Mais c'était surtout avec mon grand-père que je travaillais le plus souvent.

PUY_4840

Je me rappelle le soir qu'il a remisé pour la dernière fois ses outils dans la grange.
Il les a regardés longuement et il est sorti.
Je l'ai vu contempler avec mélancolie "ses terres" sur lesquelles il s'était acharné toute une vie.
Maintenant ses jambes ne pouvaient plus le porter.
Ce soir-là, il alla reprendre sa place à la table parmi les siens, mais il était triste, il ne parlait pas.
Depuis ce jour, il me voulait toujours avec lui.
Il m'apprenait à nettoyer les oignons et les ails.
Je faisais des petits travaux du jardin.
J'écossais les petits pois et les haricots de semence.
Je battais le "mogette" et il fallait ramasser à genoux les grains éparpillés.
Quand j'avais dix ans, j'aimais me rendre utile.
Je commençais à connaître déjà le dur labeur du paysan.
La sueur perlait sur mon front juvénile.
Je faisais la joie de mon grand-père qui voyait grandir en moi une nouvelle génération.

DSC_5738

"D'hommes de grand matin, durs au mal, d'hommes du soir à la lourde démarche des gros sabots de bois et d'hommes de granit tassé avant l’âge qui prennes les saisons comme elles viennent.

Jacques Maupillier (Garde)

Posté par Puystory à 00:10 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [4] -

Le Bocage…. Pays des croix

DSC04543

Aux premières lueurs du jour, quand le paysan partait au travail, passant devant une croix.
Il arrêtait ses bœufs, un instant il se découvrait, se signait, puis repartait, murmurant une prière.
Depuis le 16ème siècle, des centaines de petites croix se cachent dans les buissons.
Nous ne savons pas leur histoire.
Beaucoup ont été érigées après les guerres de religion ou les guerres de Vendée.
D'autres après les missions du Père de Montfort ou bien à la suite d'un vœu d'une famille.
La population assistait à la bénédiction de ces croix le dimanche après les vêpres.
Elles portaient toutes un nom, souvent celui du lieu-dit ou du village.
Au matin des rogations, les assistants marquaient un arrêt devant trois croix ou calvaires situés sur le parcours de la procession.

Puy du Fou 2011 - 4350

Le matin du vendredi-saint, de très bonne heure, on venait "adorer" les croix.
Je vous revois croix de mon pays !
Croix de pierre aux virées des chemins, Croix de pèlerinages qui avez attiré les foules pendant des siècles.
Croix renversées puis restaurées pendant des périodes moins troublées.
Petites croix sculptées qui disparaissent en été sous les hautes graminées.
Croix de granit qui perpétuent le nom des familles à d'autres générations.
Grandes croix dressées sur une petite niche abritant une vieille statuette.
C'est dans cette niche qu'une petite croix de bois ou un morceau de crêpe noir était déposé lorsqu'un cortège funèbre passait devant la croix sur le chemin qui conduisait le défunt vers sa dernière demeure.
De petites fleurs décoraient la croix voisine de la maison de la mariée le jour de son mariage.
Mais que son devenues les croix de mon pays ?

PUY_6635

Attirent-elles encore de regard du passant ?
De ces hautes croix de bois plantées devant toute la paroisse le soir d'une clôture de mission, que reste-t-il ? 
Entre les grilles rouillées, seul le sablier entouré d'herbes et de ronces, rappelle encore le souvenir de la ferveur étonnante de cette époque….
Devant ce patrimoine délaissé, des jeunes, émus, se sont groupés pour relever les croix démolies ou à l'abandon…
Je me réjouis de voir sur nos routes du Bocage quelques croix déjà restaurées.

PUY_7031

Et sait-on jamais, peut-être un jour, verrons-nous, à la virée de nos chemins, une croix symbolisant l'élan, la générosité et l'enthousiasme de toute une population du Puy du Fou ?

Posté par Puystory à 00:05 - Parole de Jacques Maupillier - Commentaires [0] -