Puy Story

Histoire d'une région.

En attendant l'été

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Aux jours de l'été, ensemble, nous avons tiré les fils du souvenir.
Il a retrouve la paix, ce lieu magique où plusieurs fois, nous avons célébré les noces des gestes d'antan et de nos élans d'aujourd'hui.
Nous en avons trop vu.
Nous en avons trop fait ensemble.
La trame est tissée et chacun de nous a son écheveau de fil à broder.

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Un hiver nous sépare de l'été prochain.
Mais, pas un hiver froidure, pas un hiver rupture ni un hiver solitude.
Non.

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Notre hiver sera le temps des veillées, tant de partage !
Le temps des contes et des chansons, tant de découvertes !
Le temps des rencontres, tant d'amitié !

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Au coin du feu, autour d'une table, nous broderons ensemble un morceau de notre histoire.
Qui étincellera, plus tard, aux nuits d'été, à l'heure des moissons.

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Forte senteur des raisins

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La forte senteur des raisins embaumait le village.
Le soleil, si longtemps attendu, avait brusquement donné aux grappes une belle couleur dorée.
Sur le chemin des vignes, s'allongeait une file de charrettes où les femmes et filles s'entassaient en riant.
Les hommes allaient à pied, guidant les bêtes.
Jamais travail n'avait tant ressemblé à une fête.
Entre les dures moissons du mois d'août et le repos attendu de l'hiver, les vendanges venaient récompenser tous les efforts, toutes les heures passées à piocher la terre, à transplanter les ceps, à charrier la vase de la rivière pour engraisser le terrain, à tailler, à greffer, à arracher les mauvaise herbes.

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Toutes les familles s'étaient donné rendez-vous.
Les vendanges étaient une œuvre collective.
Les filles, assises dans les tonneaux vides, chantaient.
Les garçons pensaient déjà aux danses qui clôtureraient la fête.
On pourrait serrer sa promise, l'embrasser dans l'enivrement de l'odeur du raisin pressé.
Et le ballet commença, mené par les femmes.
Pliées en deux, la tête en bas, elles coupaient à la serpe les grappes qu'elles jetaient dans leurs paniers.
On ne voyait que l'ondoiement rythmé des longues jupes brunes.
Les hommes vidaient les paniers dans les hottes qu'ils transportaient dans les barriques.
Quand tous les tonneaux d'une charrette étaient pleins, on les vidait dans la cuve du pressoir et la chaîne reprenait.

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A chaque passage, Jacques, le fils aîné des Maupillier qui approchait de ses dix-sept ans, s'arrangeait pour frôler la petit Marie.
Marie rougissait un peu, le gaillard lui plaisait bien !
Au pressoir du château, les garçons les plus jeunes, entièrement nus, foulaient depuis le matin, sans désarmer, sous l'œil vigilant de l'intendant.
Il ne s'agissait pas de perdre une goutte du précieux liquide.
Le marc qu'on débarrassait en un tas tiède au milieu de la cour, répandait une odeur forte qui aurait suffi à saouler tout le monde.
Quant au gros Guillaume, il ne s'était pas contenté de l'odeur.
Les oreilles écarlates, il ricanait en dodelinant de la tête.
On avait dû le caler contre un mur du pressoir pour l'empêcher de s'écrouler !

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A la fin de la journée, trois énormes tonneaux avaient été remplis et l'ouvrage terminé, on songea à la détente.
Les tables dressées attendaient les vendangeurs.
On s'y pressait en riant, épuisé et affamé.
Le seigneur avait bien fait les choses.
D'énormes pains à la croûte dorée s'allongeaient à côté des pièces de bœuf, de porc et des fromages.
Leurs senteurs se mêlaient au parfum ambré de la mère-goutte dont on avait réservé une petite barrique.
Les gobelets de bois se cognaient en chœur pour célébrer la récolte qui était si belle.
Dans l'euphorie générale, Jacques embrassa la joue de Marie qui ne se défendit pas.
Les vieux commencèrent à chanter de vieilles fredaines, les jeunes se mirent à danser.

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La fête se termina bien tard et beaucoup ne regagnèrent pas leur lit cette nuit-là, endormis qu'ils étaient sur les tables de bois, la tête dans les bras.

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Il était une fois un projecteur.

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Ouf ! il était temps ... me voilà redescendu !
Ils se sont enfin décidé les hommes en bleu.
Depuis plus de 6 mois maintenant qu'ils m'avaient attaché par les pieds à une quinzaine de mètres de haut juste au-dessus du public, heureusement que je n'ai pas le vertige !
Mes camarades et moi n'avons pas été gâtés encore cette année, que de pluie !
Que de coups de vent !

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Sans compter le froid de certaines nuits, mais c'est peut-être préférable aux projections de boue et aux sabots des chevaux, je pense à mes collègues de la digue.
Malgré cela, nous avons passé de bons moments quand même et lorsque la température estivale le permettait, je me plaisais, quant à moi, à regarder du haut de notre portique les merveilles qui se répétaient sous nos yeux.
Je me plaisais particulièrement à éblouir les belles robes de ces dames de la Cour et j'y mettais alors toute mon énergie, faut avoir le réflecteur solide !

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On chuchote même que l'an prochain, nous aurons quelques nouveaux parmi nous.
Tout à coup, grand branlebas dans nos rangs !
Tous s'allument, alors j'en fais autant et pour voir qui ?
Le Roi !
Fier sous sa barbe, dans son superbe carrosse, faisant des signes de la main à mes patrons de la régie.
Au château, mes collègues s'affairent également, aidés par les artifices et les jets d'eau.
Même qu'un soir, une bataille s'engagea entre un artifice et mes collègues !
Après un bref coup d'œil sur les bœufs, quelques éclairages sur les scènes de la vie quotidienne, j'étais à nouveau sollicité pour suivre la troupe des bleus et trahit ceux qui ne marchaient pas au pas.

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Ma mission accomplie, je cédais la place à mes camarades rouges du château qui suffoquaient dans la fumée de l'incendie.
Ils devaient se consoler en écoutant les milliers de personnes qui, sous mes pieds, applaudissaient à tout rompre.
Puis, après un bon moment de repos, pendant lequel mes copains bleus travaillaient à leur tour, lorsque "la Vendée a fait la paix avec son temps des moissons et vendange dans l'insouciance des jours heureux".
Je m'activais volontiers sur les acteurs de la "Quintaine" avec ses valseurs et leurs costumes colorés se reflétant dans l'eau leurs images si agréables à regarder.
Je m'amusais même quelquefois lorsqu'un petit nuage de pluie fine, provenant des pompes voisines, venait balayer le ponton.

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Quand, aux accents du "Chant des Marais", je fermais mon œil, je me dis qu'il fait bien noir sans nous, que ces lieux sont bien tristes dans ce noir et que nous avons dû bouleverser bien des choses et engendrer beaucoup de sueur et de soucis pour arriver à nous faire naître et vivre sur ce plateau.
Je me dis aussi que je peux être fier d'être ici présent puisque, avec mes camarades, chaque soir nous redonnons vie à tout ce qui nous entoure.
Mais souvent, je me prenais à rêver quand arrivaient "Le Marché" et que le forgeron me donnait le signal du départ.

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La calèche laissait la place, en ce temps du progrès, à la voiture que les gendarmes, dans un parfait uniforme surveillaient de près, tant et si bien qu'un soir la voiture ne repartait plus, j'étais sur le point de m'éteindre et je voyais qu'à la régie on commençait à faire des signes et à s'impatienter.
J'appris plus tard que ce soir-là, l'un des gendarmes n'était autre qu'un de nos chef en personne, pas étonnant !

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Le temps passait si vite que déjà mes collègues du contre-jour lançaient leurs rayons bleu-blanc-rouge et aux accents de la marche succédaient vite les premières notes du à la fin du "Ballet d'hiver", nous étions alors tous prêts pour l'apothéose pour le "Final".
Sublimes images que celles qui se déroulaient sous nos yeux.
Même en regardant partout à la fois je n'arrivais pas à tout voir et ces quelques dernières minutes trop courtes me laissaient rêveur, osant à peine croire que tant de belles choses étaient possibles.

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Alors, c'est sur cette féerie que je m'endormais dans l'heure tardive de la nuit en pensant que :
"Chacun se devra de connaître le Puy du Fou et que perdront beaucoup ceux qui ne le connaîtront pas".

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La chasse au faucon

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Par un bel après-midi d'automne, le pont-levis du château du Puy du Fou s'abaissa et la cavalcade de chasse descendit au galop les rampes de la colline pour s'enfoncer dans la forêt.
Le seigneur René et la Dame Adelis chevauchaient en tête.
Suivaient les fauconniers maintenant fermement les bâtons où perchaient les oiseaux de la proie, la tête encapuchonnée.
Les lévriers fermaient le cortège dans un indescriptible vacarme d'abois et de gémissements impatients.
La cavalcade suivit un chemin creux, s'arrêta dans une vaste clairière et attendit... il fallait que les chiens rabattent le gibier.
Bientôt on entendit leurs aboiements...
Quelques faisans s'envolèrent...
Le premier faucon fut lancé.

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Il partit comme un trait, rasa le sol ensuite s'éleva brusquement et fondit au milieu de la bande effarée qu'il dispersa.
Il revint à l'appel du dresseur, sa proie entre les griffes.
Au même instant des canards sauvages s'enfuirent des roseaux du marécage ; des vols de cailles, d'alouettes et de perdrix descendirent des coteaux voisins.
D'autres faucons furent délivrés.
Les uns décrivaient un grand cercle qui allait se rétrécissant.
Ils semblaient enlacer leur victime avant de l'atteindre.
D'autres s'élevaient dans la nue, s'abattaient comme une pierre sur leur proie, lui plantaient leur bec crochu dans la tête et l'étouffaient dans leurs serres.

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Les grands lévriers, accourus de toutes parts, aidaient à la capture, happant le gibier que les valets s'empressaient de disputer à leur voracité.
Un déluge de plumes multicolores et de gouttes de sang pleuvait sur les chasseurs.
C'était un massacre d'oiseaux de toute espèce.
Au passage d'un vol de ramiers, Dame Adelis lâcha son émerillon favori.
Il les rejoignit sans peine et les déchira du bec et de l'ongle Il n'en laissa échapper aucun... !
Les plumes blanches volaient au vent comme des flocons dans une tourmente de neige...
Les heures passaient...
Les vols devenaient plus rares.
Le Seigneur René donna le signal de la retraite.
Les faucons sur leur perchoir reprirent leur capuchon.
Mais, soudain, les jambes pendantes, le cou replié en arrière, un superbe héron s'éleva au-dessus de la mare...

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Le faucon gerfaut du Comte n'avait pas pris part à la chasse.
Il était resté sur le poing ganté de son maître, comme dédaigneux du maigre gibier qui jonchait le sol.
Il se réservait pour une plus noble lutte... !
Le héron, battant l'air de ses ailes puissantes, passa au-dessus des chasseurs, monta dans la nue, monta jusqu'à ce qu'il ne fût plus qu'un point dans l'espace.
Son apparition avait suspendu les préparatifs de départ.
Tous les regards se tournèrent vers le Seigneur...
Il répondit à l'attente générale et s'empressa d'ôter le chaperon du gerfaut.

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Debout sur le poignet du Comte penchant de côté et d'autre sa tête inquiète, fouillant de ses yeux noirs et vifs tous les points de l'horizon, le rapace hésita un moment.
Soudain, il s'élança à tire-d'aile et fendit l'espace en direction des coteaux.
La cavalcade le suivit...
Toutes les têtes étaient levées, tous les regards sondaient l'immensité déserte et uniformément bleue.
Enfin, deux points noirs apparurent comme deux billes se heurtant dans l'espace.
A cent pieds du sol, ce fut un duel acharné.

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Le gerfaut s'éloignait, prenait du champ, puis le bec grand ouvert, les griffes tendues, il s'élançait sur le héron qui, d'un battement d'aile, remontait en l'air avec l'élasticité d'une balle et l'attaquant allait rouler dans le vide.
Parfois, l'oiseau de proie s'élevait et du sommet de l'azur plongeait droit sur le héron qui, dressant en l'air son long bec pointu, l'attendait, le forçait à dévier sa course pour ne pas être embroché par son propre élan.
Puis, ce furent de grands tournoiements, des enroulements sans fin.
Tous deux se mêlaient dans une valse furibonde où le gerfaut semblait toujours sur le point de l'emporter, mais où le héron puisait sans cesse de nouvelles forces.
Toute la chasse suivait les péripéties de la lutte, trépignait d'aise et criait :
"Bravo, gerfaut ! Courage ! Courage !"
Pourtant le combat touchait à sa fin.
Renversé sur le vent, le cou incliné sur ses ailes ouvertes, ses longues pattes en avant, l'échassier épuisé attendait la mort.
En un dernier assaut, les serres s'entrelacèrent et, dans un froissement de plumes mêlé de cris rauques, une lutte corps à corps s'engagea...
Tout à coup, le héron, une aile cassée et pendante, se détacha du gerfaut.

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Le faucon, fier, joyeux, l'œil allumé, le plumage hérissé et tout souillé de sang, reprit place sur le poing du Comte.
Le vaincu, dans une courbe immense, alla tomber comme une masse dans la mare.
Les chiens s'élancèrent...
Mais soudain, dans un ultime sursaut, il disparut à longues enjambées derrière les coteaux...
La nuit approchait, il fallait rentrer...
On siffla les chiens.
La cavalcade de chasse regagna le château, abandonnant la poursuite et laissant au courageux héron une chance de survie, malgré ses cruelles blessures.

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Les travaux d'août.

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Le soleil d'août lançait ses rayons sur le village.
Sa chaleur faisait pétiller le chaume des toits, le chauffait à l'embraser.
Une lumière aveuglante enveloppait le hameau et la silhouette imposante du château se détachait sur le bleu du ciel.
Les arbustes et les buissons qui bordaient les talus restaient immobiles dans l'air brûlant Pas un souffle de vent n'agitait leurs feuilles.
Nul être humain n'apparaissait... seuls, quelques chiens erraient dans les ruelles, en quête d'une ombre bienfaisante.

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Le village semblait abandonné ...
Ses habitants l'avaient déserté ...
Mais, là-bas, dans les grands champs, une rumeur montait ...
La moisson battait son plein sur les terres du Puy du Fou ...
Dès l'aurore, ils étaient tous partis ... hommes, femmes, enfants...et Jacques, et Marie, et Isabelle et le petit Jacques aussi ...

PUY_4737Les blés mûrs ne pouvaient attendre.
D'un moment à l'autre, quelque brusque orage risquait de les coucher, d'éparpiller les grains, de détruire la récolte et les heures de dur labeur qu'elle représentait.
Les hommes, le dos courbé, la faucille en main, coupaient les tiges au ras du sol ; les femmes suivaient et liaient les gerbes ; les enfants venaient après, glanant les épis oubliés.
Chacun s'affairait ... et les javelles (petit tas de céréales liées en gerbes) s'amoncelaient...

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Sous la chaleur lourde, le travail s'accomplissait en silence, lentement, sans ardeur fiévreuse, mais aussi sans relâche ...
On n'entendait que le sifflement des faucilles abattant les blés ... seul le vagissement d'un nouveau-né couché à l'ombre d'une haie, faisait lever la tête inquiète d'une mère ...
Et le soleil redoublait d'ardeur...
Et la sueur coulait sur les fronts fatigués ...
A l'Angélus du midi, le travail cessa ...

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Les servantes du château amenèrent la collation : du pain, du lard, du fromage et de l'eau pure ...
Le vin aurait coupé les bras ...
Après une sieste réparatrice au creux des fossés, on reprit les faucilles et la besogne se prolongea jusqu'à l'Angélus du soir.
II fallut plusieurs jours pour moissonner les terres du village et engranger les précieuses gerbes.
Grâce à Dieu, le ciel avait été clément et, enfin, le dernier char, couronné du traditionnel bouquet de fleurs et d'épis, entrait dans la cour du château ...

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Tous les paysans, libérés de leurs inquiétudes, le suivaient en criant :
"Aouestée ! Aouestée !" ...
Cette fête qu'offrait le seigneur était attendue avec impatience.
Autour des grands tréteaux, chacun prit place devant le copieux repas : de l'omelette au jambon, du bouilli de bœuf, des volailles rôties, des flans à la semoule, des flans aux pruneaux ...

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Les tonneaux de vin rouge étaient en perce ... et les propos de table devenaient de plus en plus bruyants et de plus en plus libres ...
Marie se dit qu'il fallait vite coucher le petit Jacques ... mais comment faire obéir les enfants en ce jour de liesse ... ?
Et puis, on allait danser ... les ménétriers s'installaient...
Bientôt la cour du château résonna du bruit joyeux des farandoles et des chants ...

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Aux premières lueurs de l'aube, les Maupillier regagnèrent leur chaumière ... heureux ... la moisson était belle et l'aouestée avait été bien réjouissante.

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Les arbres de Mai.

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Guillaumette ne peut s'endormir et guette les bruits de la nuit, prête à bondir hors de son lit à la moindre alerte...
Elle n'est pas la seule à souffrir d'insomnie.
Toutes les filles à marier du village traversent les mêmes inquiétudes.
Partagées entre espoir et angoisse.
Elles attendent...
En cette nuit du 30 Avril au 1er Mai...
Mais qu'attendent-elles ?
Tout simplement le "verdict" des "Mais".
Les "Mais" sont des baliveaux de charme que les jeunes villageois de 13 à 20 ans vont couper dans la forêt voisine.
Ensuite, ces jeunes arbres, agrémentés de symboles évocateurs, sont fixés à la porte des filles... en cette nuit fatidique.

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Ainsi, le "Mai" sera garni de sureau pour les inconstantes, d'épines pour les vaniteuses.
Les fleurs seront fraîches pour les filles aimables et simples, fanées pour les coquettes.
Il y aura de l'églantier pour les grincheuses, du houx pour les délaissées, des ronces pour les avares.
Mais aussi, du laurier rose pour celles qui inspirent un amour passionné.
La sentence des "Mais" peut-être très sévère pour les filles trop légères, pas de baliveau, mais un paquet d'ordures fixé par une guenille !
On comprend l'attente angoissée de Guillaumette, de Margot, d'Hermengarde...
Soudain, Guillaumette devine des pas furtifs, des mouvements retenus...
Elle se lève, scrute la nuit par les fentes de son volet.
Dans la clarté de la lune, elle aperçoit Jehan, armé d'un superbe baliveau, énorme, âgé d'une dizaine d'années, garni de rubans bleus et verts, de bouquets de laurier-rose.
Le jeune charme dans le sol, l'arrime au pignon de la maison...

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Ce n'est pas un "Mai" ordinaire, sommairement installé à la diable par un groupe de jeunes gens en virée.
Guillaumette comprend le message...
Jehan tient à elle, si fort qu'il ose braver les chiens, le vertige pour afficher devant le village ses intentions matrimoniales.
Vite, elle se recouche et essaie de trouver le sommeil.
Demain, il faudra être belle...
Il faudra faire mine de chercher le garçon qui arborera fièrement des rubans bleus et verts...
Guillaumette se dit qu'il est fort et bien avenant, ce Jehan.
Il a du bien et cela, aussi, c'est important...
L'amour ne suffit pas pour fonder une famille et elle sait que son père dirait "non", si Jehan était sans le sou...

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Et son esprit vagabonde... "Guillaumette , Guillaumette"...
La jeune fille s'éveille, arrachée à ses rêves roses...
La mère l'appelle...
Vite, vite... il faut sortir les torchons et rejoindre les autres femmes du village dans les prés.
Vite, vite... il faut poser les torchons sur la rosée avant qu'elle ne disparaisse.
La rosée du 1er Mai a des pouvoirs bienfaisants : lavé avec ses gouttes, le pis des vaches, des chèvres et des brebis donnera du lait toute l'année !
Pendant que Guillaumette, sa mère et les autres femmes courent les prés, Jehan et les autres jeunes gens du village font la tournée des chaumières, déguisés en "feuillus".
Ils ont apporté beaucoup de soin à ce déguisement de feuilles et de mousse.
Un "feuillu" non reconnu annonce une abondante moisson...
Sous leurs vêtements de verdure, les jeunes gens quêtent pour récupérer des œufs et du beurre... et gare au fermier trop pingre... il y aura des ronces dans le nid de ses poules... !
Au soir de cette belle journée, une omelette géante, préparée avec les œufs récoltés par les "feuillus", célèbre la fête du renouveau, de la verdure et des arbres en fleurs.

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Et puis, on danse autour d'un "Mai" planté par les garçons sur la place du village...
Guillaumette peut retrouver Jehan...
Elle peut, puisque son père y consent, porter, elle aussi, des rubans bleus et verts...
Jehan lui parle d'amour... mais on ne prononce pas encore le mot "mariage".
Parler mariage en Mai, c'est la mort de la future épouse dans l'année !
Parler mariage en Mai, c'est mettre au monde des enfants idiots... !
Les jeunes gens savent qu'il faut attendre le mois de Juin...
Cette tradition des "Mais" avec ses superstitions... et son humour aussi, est très présente tout au long du Moyen-âge.
Certains la disent née à l'époque gauloise où le culte de la nature et du renouveau était très fervent, d'autres affirment que les Vikings dont les communautés villageoises étaient très soudées, l'auraient amenée dans nos régions après leur installation en Normandie.
Toujours est-il que ces "arbres de Mai" ont fleuri dans nos campagnes pendant des siècles et qu'ils ont fait passer des nuits blanches à bien des jeunes filles…

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Petite Charrette au Puy du Fou

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Il était une fois une petite charrette à bras qui servait il y a déjà des années au forgeron du village qu'on appelait Lexandre.
Ce forgeron disparu, la petite charrette avait été abandonnée auprès d'un buisson, à demi-cachée par lès orties et les chardons.
Qu'elle était triste, la petite charrette !
Elle se sentait inutile.

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Elle aurait tant aimé servir encore et revoir les gens du village.
Mais non, on l'oubliait et elle disparaissait sous les orties et les chardons.
Oh oui ! Elle était bien triste la petite charrette !
Mais voilà que le soir du 30 avril, les jeunes du village se rassemblent.
C'est le lendemain 1er Mai, fête du travail et comme tous les ans depuis toujours, ils amènent sur la place de l'Eglise des tonnes à eau, de vieilles faneuses, des râteaux, des brouettes, des potées de fleurs...

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Pour cela, ils passent dans le bourg et dans les fermes alentour.
C'est alors qu'ils découvrent là, près du buisson "la petite charrette".
Oh ! se disent-ils, elle aussi on l'emmène !
Et voilà que notre petite charrette, roulant cahin-caha poussée par les jeunes, arrive sur la place du village.
La petite charrette n'est plus triste.
Il fait un beau clair de lune et elle peut voir les maisons aux volets fermés, l'église toute proche avec son clocher élancé, elle se sent revivre.
Pourtant dès le matin, le tracteur de la Tuilerie vient reprendre la tonne à eau, celui de Sainte-Marie sa bétaillère, le Père Eugène récupère sa brouette, Florence sa potée de géraniums et la Mère Hortense la barrière de son jardin.
Seule, tout au bas de la place de l'Eglise, reste "la petite charrette".

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Mais elle ne s'ennuie pas !
Car c'est la fête au village pour les noces d'or de Jules et d'Anna.
La petite charrette reconnaît très bien les mariés d'il y a cinquante ans qui sont aujourd'hui entourés de leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, avec beaucoup d'amis et une moisson de fleurs.
Elle est toute joyeuse notre petite charrette !
Elle revit.

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Les temps ont pourtant bien changé.
On ne se sert plus maintenant de charrette à bras.
Il y a tant de moyens plus pratiques.
Les voitures, les remorques mais cela coûte cher et l'essence dit-on augmente toujours !
Quand le soir tombe, la petite charrette se demande bien ce qu'elle va devenir.
Quand, tout à coup, un homme s'approche d'elle la tire vigoureusement et la remise près du buisson parmi les orties et les chardons.
Quelle tristesse !

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La petite charrette en pleure !
Elle pense : " je n'ai plus qu'à mourir étouffée par les épines".
Cependant, dans le village, une jeune équipe puyfolaise se préparait pour le grand spectacle du Puy du Fou "La Cinéscénie", et une puyfolaise qui avait remarqué la petite charrette sur la place de l'Eglise, dit à son mari : "cette petite charrette pourrait nous aider à présenter le tableau "Le marché"" .
Aussitôt dit, aussitôt fait, et toute la petite famille part retirer la charrette de son vilain buisson, et la conduit chez le forgeron pour la consolider et la graisser.
Les enfants dansent de joie autour et la petite charrette se sent rougir de plaisir.
Elle devient perplexe quant on la monte dans le fourgon du boucher pour la conduire au Puy du Fou, quelques jours plus tard.
Toute l'équipe puyfolaise du village l'accompagne joyeusement pour une répétition du spectacle.
Quand pour la première fois le spectacle commence, la petite charrette n'en croit pas ses yeux.
Elle se demande si elle ne vit pas un conte de fée.

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Lorsqu'elle voit le Château du Puy du Fou s'illuminer, elle sent battre le cœur de la Vendée militaire.
Elle reconnaît Clemenceau, puis de Lattre, les soldats vendéens, et se sent toute fière.
Puis elle entend le coq chanter, le forgeron frapper l'enclume et regarde, émerveillée, la fête se dérouler au village.
Elle est si heureuse qu'elle aurait voulu que cela dure toujours.
Hélas, la saison prend fin !

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Mais la petite charrette se console car elle a entendu dire que l'année prochaine, "La Cinéscénie" sera un spectacle encore plus beau et plus vivant.
Alors, sous le ciel étoilé du Haut-Bocage de Vendée, la petite charrette s'endort calmement.

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5. Histoire du Village des Ouches (fin)

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En se dirigeant vers la masure du Père François, Thibaud avait, en tête, ses plans bien tracés.
Puisque le Seigneur Renaud ne lui accordait pas le droit de quitter la Seigneurie du Puy du Fou pour épouser Guillaumette et que, sans doute, le Seigneur Robert agirait de même à Ardelay, il allait proposer à la jeune fille de s'enfuir avec lui.
Avec l'accord de ses parents, bien sûr !
Il n'était pas question de vivre dans le péché. Ils iraient s'installer au cœur de la forêt d'Ardelay, là où d'autres fuyards, des insoumis aux lois seigneuriales, avaient commencé une vie nouvelle au sein d'une petite communauté.
Le Père François, la Mère de Jeanne et surtout Guillaumette écoutèrent attentivement le jeune homme qui s'expliquait.
Ensuite le silence fut pesant.
Enfin le père parla :
"C'est d'accord, si la fille le veut, une seule condition, le mariage.
Il faudra vous marier devant Dieu avant de faire des enfants, sinon vous serez maudits à jamais.
Partez maintenant, si vous vous aimez assez fort."
Thibaud regarda Guillaumette qui sourit et tout fut dit.
Jeanne leur donna du pain et du lard, noua dans un drap quelques effets pour sa fille et ils partirent, le cœur léger, malgré toutes les menaces qui pesaient sur leur avenir.
Ils se dirigèrent vers la clairière des essarts.
Le spectacle qu'ils découvrirent en arrivant, les étonna grandement.
Au beau milieu d'une clairière qui s'étendait sur une centaine d'arpents, un ensemble de huttes forestières s'alignait le long du chemin.
Le torchis grisé des murs s'y confondait avec la terre argileuse.

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Une fumée noirâtre s'élevait des toitures de chaume.
On comptait bien une dizaine de demeures frileusement groupées.
Derrière ces misérables masures s'allongeaient des sortes de lanières de terre, longues d'au moins cent pieds, atteignant la lisière de la forêt.
Une intense activité y régnait.
Des vilains maniaient la houe avec vigueur, en mesure.
Ils étaient trois ou quatre paysans à lever ensemble l'outil.
Sous le tranchant, les mottes de terre durcies éclataient avec violence.
Pied à pied la terre s'ameublissait. Plus loin, des hommes s'affairaient autour d'un brasier qu'ils alimentaient avec leurs fourchées de ronces et de broussailles.
Un autre poussait dans le sol le soc d'un araire en bois tiré par un bœuf.
La tunique relevée au dessus des genoux, il s'enfonçait à chaque pas dans la terre lourde qu'il égratignait à peine avec son instrument rudimentaire.
A la lisière de la forêt, des bûcherons s'attaquaient aux arbres avec des haches aux longs manches.
Un superbe chêne s'abattit dans un fracas impressionnant.
Tout près, des femmes agenouillées arrachaient avec des serpes dentées les ronces que d'autres apportaient au brasier.
Thibaud et Guillaumette s'avancèrent vers le groupe et c'est à ce moment que surgit un homme à cheval escorté de chiens hurlants.
"Que faites-vous ici dans le domaine de l'Abbaye ? Vous n'avez aucun droit d'y demeurer."
"C'est que nous avons faim et que nous étions accablés de taxes. Nous avons fui. "
"Je vais avertir l'Abbé de votre audace. "
Qu'allaient-ils faire ?
Quel châtiment allaient-ils subir ?
Leur ardeur au travail s'était subitement effondrée, le cœur n'y était plus.
Ainsi nos deux amoureux qui espéraient se créer une vie nouvelle, étaient-ils encore menacés.
A l'abbaye de la Grainetière, l'Abbé restait pensif.

Panorama 25

Il avait écouté avec attention le récit du garde forestier.
S'il laissait faire ces vilains, le bois si nécessaire au chauffage et à la construction ne tarderait pas à manquer.
De plus, ils avaient bravé l'autorité seigneuriale.
Ils avaient bel et bien quitté leurs villages sans autorisation.
Si un tel exemple était suivi, les villages finiraient par être déserts.
Bien sûr, bien sûr, mais..
Après un silence, il se tourna vers son garde, réfléchissant à haute voix :
"Si la forêt se peuple de nouveaux habitants, les routes seront plus sûres.
Les brigands n'oseront plus s'attaquer aux convois qui la traversent et puis en accueillant ces vilains, nous pourrions y gagner la dîme... une gerbe sur dix récoltées, voilà qui ferait notre affaire".
Le garde regardait l'Abbé avec étonnement :
"Que décidez-vous ?
Je prends des renforts et je chasse la bande ?"
"Chasser ces hommes ! Non, il faut au contraire les attirer.
Va me chercher un scribe que je lui dicte une charte."
"Ecris".
dit-il au moine qui arriva muni de son écritoire et d'un parchemin.
"Moi, Roger et tout le chapitre de la Grainetière, à tous ceux qui verront ou entendront cette présente charte, salut.
Nous avons prescrit que, dans la forêt d'Ardelay, les habitants pourront, avec notre approbation, construire un village.
Ils auront l'usage du bois mort, recevront en toute propriété une étendue de soixante-douze verges de longueur et de trente en largeur.
Ils seront affranchis de leur servitude.
Après la mort du père et de la mère, les frères et sœurs pourront hériter de leur terre sans payer de mainmorte.
Ils pourront vendre leurs biens.
Ils pourront se marier librement sans payer le droit de formariage qu'ils versaient autrefois quand ils prenaient femme hors de la seigneurie.
Pour toutes ces libertés, ils seront tenus de nous donner la dîme des fruits de la terre, à savoir la onzième gerbe, le dixième des agneaux, des porcs, des chèvres et des oies.
Si les hôtes commettent un délit et s'il y a plainte, l'amende, qui ne pourra jamais dépasser cinq sous, nous sera versée.
Tous les ans, à la St Martin, ils donneront un denier pour Noël, quatre beaux chapons."
Quand le scribe eut relu la charte, l'Abbé y apposa son sceau et la tendit au garde :
"Tiens, en vertu du droit d'hôtise de l'Abbaye, va lire ce texte à ceux de la forêt."
Dans la clairière, tous les paysans ainsi que Thibaud et Guillaumette acceptèrent, avec des cris de joie, la charte de franchise octroyée par l'Abbé.
Devenant les hôtes de l'Abbaye, ils devenaient intouchables.
Aucun seigneur ne pouvait et n'oserait se dresser contre la protection de l'Eglise.
Les jeunes gens rayonnaient, ils allaient pouvoir se marier et fonder une famille.
Les bons moines seraient heureux de les unir et la fête qui suivrait la cérémonie serait comme l'acte de baptême du nouveau village.

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4. Histoire du Village des Ouches (4/5).

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Pierre regarda son fils, un peu interloqué par cette nouvelle inattendue :
-"Qui est-ce !" dit le père
-"la Guillaumette du Père François" répondit Thilbaut
-"Mais elle appartient au seigneur Robert d'Ardelay.
-"Tu vas au devant de grandes difficultés, mon garçon !" dit le père.
-"Je sais, mais j'irai voir notre seigneur et peut-être !" répliqua Thilbaut
Le lendemain, un dimanche, Thibaud assista à la messe et se rendit au château où le comte accepta de le recevoir.
-"Que me veux-tu !" lui dit ce dernier
-"Monseigneur, voici... je désire me marier"
-"Bon, cela !
-Et qui épouses-tu ?"
-"Guillaumette !"
-"Guillaumette ?"
Et il sembla chercher dans sa mémoire, parmi ses vilains dont tous les noms lui étaient familiers.
-"Je ne connais pas" finit-il par dire.
Le bûcheron hésitait.
Enfin, avec un effort, il osa :
-"C'est qu'elle n'est pas des Ouches..."
-"Et d'où est-elle ?'
-"D'ardelay ... "
Il y eut un silence.
Thibaud avait baissé la tête, attendant que la foudre éclatât.
Mais le vieux comte n'eut pas de colère.
Au contraire, d'une voix calme et douce et souriant presque, il dit :
-"Ecoute-moi bien, mon garçon ... je ne te défends pas d'épouser ta promise puisqu'elle te plaît... mais c'est à la condition qu'elle te suivra sur mes terres."
-"Et si le baron Rober refuse", reprit Thibaud, encouragé par le ton de bienveillance de son maître, me permettez-vous d'aller m'établir à Ardelay !"
-"Jamais"
-"Je paierai le formariage" dit Thibaud
- "Ah ! ah ! tu as donc de l'argent !
Et d'où te vient-il ?
On m'a rapporté que tu braconnais dans la forêt et que tu vendais le gibier...
Qu'on ne t'y prenne pas !
Tu ferais connaissance avec les oubliettes du château...
Quant à te laisser quitter la seigneurie, jamais et pour n'importe quelle somme, je n'y consentirai pas ...
Et n'essaie pas de fuir !
Tu es à mon service, tu m'appartiens...
Partout où tu pourrais te réfugier, j'ai le droit de te réclamer, de te reprendre et de te punir !
Je te ferai mettre au carcan.
Tu m'as compris... !"
Thibaud, la tête basse, quitta la salle.
Il longea les corridors sombres...

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Dans son trouble, il se trompa d'escalier et descendit dans la seconde cour, la Haute-Cour, celle-là même où se dressait le donjon.
C'était comme un autre château, plus sinistre, mieux fortifié, plus imprenable encore que le premier.
Un fossé l'isolait de la Basse-cour.
Thibaud savait qu'en ses fondations, taillées dans la profondeur du roc, se cachaient les prisons.
De toutes parts s'étendaient les dépendances du château, les écuries, les hangars, les celliers où s'entassaient les provisions.
Au-dessus de vastes salles inhabitées capables, en cas de siège, de loger le village tout entier et plus haut encore, bordé d'un parapet crénelé que des échauguettes reliaient de distance en distance, le chemin de ronde.
Enfin, la chapelle et le préau planté de quelques arbustes qu'un perron rattachait à l'habitation du comte.
Un sergent, que Thibaud rencontra, le guida à travers les passages des deux cours, jusqu'à la poterne dont la porte basse s'ouvrait au pied des remparts.
Et, de là, après s'être fait reconnaître par la garde, passant sous les inquiétants bois de justice, dégringolant le coteau sans suivre les détours du chemin, il regagna les Ouches dans les premières ombres de la nuit qui tombait.

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Le lendemain, de bonne heure, Thibaud se mit en marche pour Ardelay.
Le soleil qui se levait en ce matin d'automne, dissipait le brouillard planant sur la vallée du Petit Lay...
Il y avait de la gaieté et de l'espérance dans la lumière rose qui emplissait tous les points de l'horizon.
Le jeune bûcheron sentait un étrange bien-être s'insinuer en lui.
Il avait mûri un plan et il ne doutait pas de sa réussite.
Le grand air, l'éclatante lumière, l'aspect riant du paysage, tout lui donnait confiance.
Ayant quitté la route tortueuse allant du Puy du Fou à Ardelay, il suivait maintenant un sentier en raccourci.
Il marchait, tout joyeux, grisé par le vent léger, par les images heureuses qui se bousculaient dans sa tête.
Il allait gagner.
Il allait coûte que coûte, conquérir le droit de vivre auprès de celle qu'il aimait ...

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3. Histoire du Village des Ouches (3/5).

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Comme Thibaud, tout à ses pensées, approchait des Ouches, il fut surpris par une agitation fébrile autour du village.
Il se souvint.
C'était la Saint Martin et un cortège bariolé s'étirait vers le château.
C'était le jour des redevances.
Ce mois de Novembre, particulièrement clément, donnait à la procession une allure de fête champêtre avec ses odeurs, ses cris et rires.
Le grognement des porcs, le caquètement des poules et le bêlement des agneaux créaient un joyeux brouhaha.

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Le parfum du vin tout juste pressé s'alliant à l'odeur forte du fromage de brebis. Sur des charrettes, tirées placidement par des bœufs, cahotaient au rythme des ornières, des sacs d'avoine, de froment et d'orge.
Sur d'autre s'élevaient des rangées de bois fendu, larges de deux brassées.
Des paniers débordaient d'œufs, de noix et de pommes.
Les anguilles, pêchées du jour, s'agitaient encore au fond des nasses en osier.
Dans la grange du château, le chambrier, Maître Denis, chargé de gérer les deniers du domaine, attendait que les paysans se rassemblent pour faire l'appel des taxes.
Thibaud se glissa dans la foule et observa.
Enfin, Maître Denis consulta son inventaire et commença :
"Jean, pour une vergée de terre, huit sous, un denier et un chapon"
"Gilles, pour cinq vergées de terre, quarante sous, sept deniers et un agneau ... "
et le défilé continua.
Ce fut le tour de père :
"Pierre, pour trois vergées de terre, vingt quatre sous, cinq deniers et trois volailles".
Pierre savait qu'il devait cela au seigneur Renaud.
Certes, la charge était lourde.

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Mais la protection du château n'était-elle pas inestimable ?
Il se souvenait de la dernière incursion des Ecorcheurs.
Il y avait trois ou quatre ans.
Un enfant avait été enlevé et Pierre revoyait encore sa dépouille sanglante, parce que la rançon était venue trop tard.
Le seigneur avait réagi.
les Ecorcheurs avaient été pris et, pour l'exemple, pendus à la chemise du château jusqu'à ce que les corbeaux dévorent leurs cadavres.
Depuis tout était calme et le pays du Puy du Fou vivait en paix.

Panorama 43

Alors, mieux valait accepter les redevances !
Thibaud rejoignit son père et tous deux regagnèrent le logis familial.
Comme toutes les masures du village, la leur était construite de lattes de bois et de torchis.
Les murs épais ne s'ouvraient que sur de très petites ouvertures, fermées de volets. Pierre et Thibaud pénétrèrent dans l'unique pièce où bêtes et gens cohabitaient.
La lueur de l'âtre éclairait le mobilier sommaire : deux grands lits, une table à manger, des bancs, le coffre renfermant le linge.

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La mère les attendait avec les deux petits : Jacques et Claire.
Elle décrocha la marmite et servit la soupe de chou et de lard, trempée de pain.
Quand chacun fut servi et que la prière fut dite, les fronts se penchèrent, les cuillères plongèrent dans le liquide bouillant et le repas se déroula lentement, silencieusement.
Thibaud réfléchissait.
Il se demandait comment annoncer à la famille sont intention d'épouser Guillaumette.
Soudain, il parla :
"Père, j'ai rencontré une jeune fille, je l'aime et je crois qu'elle me le rend bien.
Je veux en faire ma femme.
Elle est encore plus pauvre que moi, mais je ne pourrai pas vivre sans elle".

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