Puy Story

Histoire d'une région.

3. Histoire du Village des Ouches (3/5).

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Comme Thibaud, tout à ses pensées, approchait des Ouches, il fut surpris par une agitation fébrile autour du village.
Il se souvint.
C'était la Saint Martin et un cortège bariolé s'étirait vers le château.
C'était le jour des redevances.
Ce mois de Novembre, particulièrement clément, donnait à la procession une allure de fête champêtre avec ses odeurs, ses cris et rires.
Le grognement des porcs, le caquètement des poules et le bêlement des agneaux créaient un joyeux brouhaha.

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Le parfum du vin tout juste pressé s'alliant à l'odeur forte du fromage de brebis. Sur des charrettes, tirées placidement par des bœufs, cahotaient au rythme des ornières, des sacs d'avoine, de froment et d'orge.
Sur d'autre s'élevaient des rangées de bois fendu, larges de deux brassées.
Des paniers débordaient d'œufs, de noix et de pommes.
Les anguilles, pêchées du jour, s'agitaient encore au fond des nasses en osier.
Dans la grange du château, le chambrier, Maître Denis, chargé de gérer les deniers du domaine, attendait que les paysans se rassemblent pour faire l'appel des taxes.
Thibaud se glissa dans la foule et observa.
Enfin, Maître Denis consulta son inventaire et commença :
"Jean, pour une vergée de terre, huit sous, un denier et un chapon"
"Gilles, pour cinq vergées de terre, quarante sous, sept deniers et un agneau ... "
et le défilé continua.
Ce fut le tour de père :
"Pierre, pour trois vergées de terre, vingt quatre sous, cinq deniers et trois volailles".
Pierre savait qu'il devait cela au seigneur Renaud.
Certes, la charge était lourde.

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Mais la protection du château n'était-elle pas inestimable ?
Il se souvenait de la dernière incursion des Ecorcheurs.
Il y avait trois ou quatre ans.
Un enfant avait été enlevé et Pierre revoyait encore sa dépouille sanglante, parce que la rançon était venue trop tard.
Le seigneur avait réagi.
les Ecorcheurs avaient été pris et, pour l'exemple, pendus à la chemise du château jusqu'à ce que les corbeaux dévorent leurs cadavres.
Depuis tout était calme et le pays du Puy du Fou vivait en paix.

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Alors, mieux valait accepter les redevances !
Thibaud rejoignit son père et tous deux regagnèrent le logis familial.
Comme toutes les masures du village, la leur était construite de lattes de bois et de torchis.
Les murs épais ne s'ouvraient que sur de très petites ouvertures, fermées de volets. Pierre et Thibaud pénétrèrent dans l'unique pièce où bêtes et gens cohabitaient.
La lueur de l'âtre éclairait le mobilier sommaire : deux grands lits, une table à manger, des bancs, le coffre renfermant le linge.

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La mère les attendait avec les deux petits : Jacques et Claire.
Elle décrocha la marmite et servit la soupe de chou et de lard, trempée de pain.
Quand chacun fut servi et que la prière fut dite, les fronts se penchèrent, les cuillères plongèrent dans le liquide bouillant et le repas se déroula lentement, silencieusement.
Thibaud réfléchissait.
Il se demandait comment annoncer à la famille sont intention d'épouser Guillaumette.
Soudain, il parla :
"Père, j'ai rencontré une jeune fille, je l'aime et je crois qu'elle me le rend bien.
Je veux en faire ma femme.
Elle est encore plus pauvre que moi, mais je ne pourrai pas vivre sans elle".

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2. Histoire du Village des Ouches (2/5)

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Thibaud s'éloigna de Guillaumette, se retournant de temps à autre pour admirer la gracieuse silhouette de la jeune fille, toujours assise parmi ses moutons.
Le soleil couchant l'enveloppait d'une poussière d'or.
La forme gracile se détachait sur la verdure pâle de la prairie.
Le ruisseau scintillait à ses pieds, les fleurs s'épanouissaient et exhalaient leurs parfums.
Ces lieux, si désolés tout à l'heure, semblaient s'être emplis de joie.
Après un dernier regard, le jeune homme pénétra dans la forêt, escorté par le ramage des oiseaux.
Son cœur battait la chamade.
Maintenant qu'il avait revu Guillaumette, il savait qu'il ne pourrait pas vivre sans elle.
Et puis tout, dans l'attitude de la bergère, prouvait que ses sentiments étaient partagés.
Thibaud décida de rentrer au village, il ne voulait pas s'attarder dans la forêt, le soir venu.

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Les histoires racontées aux veillées lui revenaient en mémoire : la galipote, la bigourne, le garou qui hantaient les nuits, étaient si effrayants qu'ils auraient donné des jambes à un cul-de-jatte.
Et puis, le bûcheron avait besoin de marcher et de réfléchir.
Comment allait-il annoncer à Pierre et Marie, ses parents, qu'il voulait amener sous leur toit une bouche de plus à nourrir ?
Certes, Guillaumette était charmante, mais tellement délicate.
Pourrait-elle assumer les pénibles travaux des champs, beaucoup plus épuisants que la garde des moutons ?
Jamais sa mère, si vaillante, si dure à l'ouvrage, n'accepterait une bru qui ne prendrait pas part aux tâches agricoles et ménagères.
Le vieux Pierre, lui, la trouverait sans doute trop mince, trop fragile pour mettre des enfants au monde et des enfants, il en fallait....il en mourait tant en bas âge et puis, qui assurerait l'avenir des parents trop âgés pour travailler, si des fils ne naissaient pas ?

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De plus, la famille de Guillaumette était aussi pauvre que la sienne et le trousseau qu'elle apporterait serait bien maigre.
Pas de quoi adoucir le père et la mère.
Et puis, si les parents de la jeune fille ne voulaient pas, eux non plus, de ce bûcheron sans le sou qui n'avait que ses deux bras pour seule fortune ?
Il y aurait aussi le seigneur du Puy du Fou et le seigneur d'Ardelay à affronter.
Accepteraient-ils le mariage alors qu'ils se détestaient tant et se cherchaient sans cesse querelle ?
Tout à ses pensées, Thibaud ne vit pas le temps passer et la course lui parut rapide jusqu'aux Ouches.
Comme chaque fois qu'il regagnait son village, il fut frappé par la beauté des lieux.
Le château se dressait sur une éminence, attirant et inquiétant le regard.
Dans le couchant, il projetait son ombre sur les maisons du village qui se pressaient les unes contre les autres, si humbles devant le géant de pierre, comme partagées entre la crainte et l'espoir de sa protection.
Le donjon dominait tout, raide, percé de rares meurtrières.

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Dans une attitude de défi, il surveillait les alentours : le hameau, les chaumières éparses, les masses verdoyantes du Bois de l'Etang, les espaces marécageux où s'endormaient les eaux paresseuses du Petit Lay et, là-bas, dans le lointain, les tours rivales d'Ardelay.
A leur vue, Thibaud se souvint de ses craintes et des menaces qui planaient sur son avenir.
Mais, comme il était jeune et amoureux, il se sentait la force de surmonter tous les obstacles même ceux qui semblaient les plus infranchissables.

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1. Histoire du Village des Ouches (1/5)

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Thibaud abattait le bois mort dans la forêt.
C'était un des bûcherons chargés par le Seigneur Renaud d'approvisionner les bûchers du château du Puy du Fou.
En vertu des droits seigneuriaux et des corvées qu'ils avaient à acquitter, une dizaine de paysans, choisis parmi les plus jeunes et les plus vigoureux du village, se trouvaient disséminés dans la forêt.
Ils devaient, outre ce que les cuisines seigneuriales consumaient chaque jour, pourvoir de tout le bois nécessaire, les cheminées monumentales du manoir.
Chaque année, des charretées de troncs énormes venaient s'engloutir dans les âtres toujours flambants... et le travail de tous ces hommes suffisait à peine à la consommation...!
Thibaud était un beau gars de vingt ans, la peau brunie par la vie au grand air ; un peu maigre, certes, mais vaillant à l'ouvrage.
Dès l'aube, il était parti des Ouches, emportant dans un pot de grès, son repas de la journée.
Arrivé dans la forêt, il avait ôté sa veste de bure, avait saisi sa cognée et s'était attaqué à un vieux chêne dont le dernier orage avait foudroyé la cime.
A peine, vers l'heure de midi, s'était-il interrompu un moment pour le repas...
Il savait bien qu'il fallait travailler sans relâche...
Sans se laisser distraire un instant, sans reprendre haleine, il faisait voler sa cognée, frappant l'arbre au pied, entaillant la dure écorce qui s'éparpillait au loin en éclats.
Tout à coup, au plus fort de sa tâche, un bêlement plaintif le fit sursauter et il suspendit son geste.

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Il regarda autour de lui sans rien voir...
Il crut s'être trompé...
Tout le bétail du village n'était-il pas aux communaux, bien loin de là ?...
Thibaud soulevait de nouveau sa cognée quand un autre bêlement tremblant se fit entendre ...
Cette fois, il posa son outil et se dirigea vers le bruit.
Il déboucha dans un espace découvert où croissaient de jeunes plants de châtaigniers.
Un mouton était là, broutant des pousses nouvelles...
De temps en temps, la bête s'arrêtait et poussait un cri de détresse.
Un signe en forme de "A" timbrait en noir la blancheur sale de sa toison.
Thibaud ne savait pas lire, mais il ne pouvait se tromper à cette marque... c'était celle de la Seigneurie d' Ardelay ...!
Connaissant les éternels dissentiments qui divisaient les deux domaines, il décida d'agir...
Il courut à l'animal et réussit, non sans peine, à le charger sur ses épaules.
Résolument, il se dirigea vers Ardelay et atteignit le Petit Lay, limite à ne pas franchir...
Il aperçut sur la rive opposée un troupeau de moutons et, à quelques pas, une quenouille au côté, une jeune fille filant la laine.

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Le bûcheron franchit le cours d'eau, déposa le mouton qui, tout joyeux, alla rejoindre le troupeau en quatre bonds...
Thibaud se dirigea vers la jeune fille...
Petite et mince, elle n'avait guère plus de seize ans.
Ses cheveux blond roux, relevés sur le front, étaient noués sur sa nuque avec une brindille de roseau.
Des taches de rousseur criblaient ses joues, son cou, ses bras.
A l'approche du garçon, elle releva la tête, puis la baissa tout aussitôt filant avec une ardeur redoublée. Thibaud la reconnut très vite...
C'était la petite Guillaumette...
Si jolie, si fraîche...
Il l'avait déjà aperçue et son image l'avait parfois troublé dans la solitude de la forêt...
"Ça, Guillaumette", dit Thibaud,
"tu veux donc que nos maîtres soient en guerre que tu laisses tes moutons vaquer chez nous ?".
Il s'arrêta, attendant sans doute une réponse, mais la bergère se tut.
- "Eh bien !", reprit-il, "tu ne me remercies pas ?".
"Si", répondit-elle, toute rougissante, les yeux obstinément fixés sur son ouvrage.
"Guillaumette, surtout, ne sois pas inquiète ... je ne dirai rien ... ce sera notre secret"
"Allez, topes-là pour sceller notre accord".
La petite tendit timidement une main que le jeune homme prit doucement dans les siennes.
Ils se regardèrent longuement...
Que d'aveux retenus et de promesses cachées dans ce regard !...
Que de craintes, aussi ! ...
Y avait-il un avenir pour eux ?
Elle, la bergère d 'Ardelay et lui, le bûcheron du Puy du Fou ?

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La fontaine du village. (Contes et Légendes)

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C'était il y a bien longtemps...
Jadis, non loin de là, il y avait une forêt immense et dans cette forêt, cachée parmi les herbes, blottie dans la mousse, une petite fontaine de rien du tout.
Transparente comme le matin et profonde, si profonde que personne n'y pouvait voir dedans la racine de son eau.
Elle n'avait rien d'utile à faire.
Si retirée en solitude que nul ne savait qu'elle était là.
Limpide, elle regardait le ciel et le ciel la regardait.
Mais du fond de la terre secrète depuis son jour de naissance, son cœur d'eau sans cesse bondissait, jaillissait, frémissait, bruissait, égayant les cailloux et berçant les mousses.
Les oiseaux y venaient boire.
Et aussi les autres bêtes.
La biche y amenait son faon ; la hase, ses levrauts ; la renarde, ses renardeaux ; la laie, ses marcassins.
Ils lapaient l'eau lentement, gentiment, sans la blesser et la fontaine, comme une nourrice les laissait faire. Leurs langues roses et naïves ne la troublaient point.
Mais un jour, un chasseur arriva.

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Lui, il était d'autre sorte.
Un archer, le plus adroit, le plus rusé de la contrée.
Avait-il trempé ses flèches dans quelque charme magique ?
Jamais il ne manquait sa proie.
Il s'était, un jour d'été, arrêté près de la fontaine, tout en sueur, haletant.
Il avait longuement poursuivi une biche presque invisible.
Il jeta son arc à terre, quitta ses bottes chaudes, trempa ses mains dans l'eau fraîche et la face penchée sur elle :
- "J'ai soif !" dit-il.
- "Bois !" dit-elle.
Et s'élançant jusqu'à lui de sa plus profonde demeure, alors, d'un grand bond d'azur, elle lui donna son cœur d'eau.
Il but, trouva l'eau délicieuse...
"Jolie fontaine..." commença-t-il, mais, ouvrant la bouche pour parler, un mensonge en sortit et tomba dans l'eau pure.
Tout d'abord, la fontaine n'en éprouva aucun mal.
Le mensonge descendait en elle, tiède comme un oiseau qui plonge, une douceur de Paradis.
Mais quand il se fut répandu, à elle mêlé goutte à goutte, elle se remplit peu à peu et déborda de peine étrange.
Que lui était-il arrivé ?
Elle n'était plus la même qu'avant.
Qui était-elle désormais ?
Troublée, elle regarda le ciel.

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Mais le ciel ferma les yeux sans lui rendre son regard.
Elle avait perdu l'azur.
Et elle pleura.
Nuit et jour pleura la fontaine.
Les herbes autour s'assombrirent.
Les oiseaux n'y prenaient pas garde, ni non plus les autres bêtes.
Chaque jour ils revenaient boire l'eau de l'aube et l'eau du soir sans s'apercevoir de son trouble.
Le chasseur, lui, n'était pas revenu.
Il n'avait pas coutume de boire deux fois à la même source.
Nuit et jour pleurait la fontaine, implorant le bleu du ciel.
Mais le mensonge était entre eux et ses vapeurs envenimées, pis que ténèbres, altéraient tout.
Malheureuse ! Gémissait-elle,
"je lave le groin des sangliers, le mufle des putois, le bec des freux et des buses, mais moi, qui me nettoiera ?
Qui me rendra mon eau pure ?"
A quelque temps de là, dans le joli matin, une femme toute auréolée de lumière, sortit d'une chaumière, une corbeille de linge accrochée à son bras.
C'était Sainte Radegonde qui s'en allait laver le linge des lépreux, des malades, des scrofuleux et des mourants dont elle avait la charge.
Mais au lieu de descendre à la rivière, elle se dirigea vers la forêt, marcha, trouva la fontaine et s'agenouilla à côté d'elle avec son linge et son savon.
- "Sainte", soupira la fontaine, "toi qui cherche une eau pure ne viens pas laver ici.
Je ne suis plus qu'une eau troublée."
- "Paix à toi", dit la Sainte, "si l'eau ne lave pas le linge, le linge lavera l'eau."

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Et elle commença de laver, plongeant le linge dans l'eau vive, le savonnant sur une pierre, le frottant dans ses mains mousseuses, le frappant et le rinçant selon qu'il convient de faire.
Puis, comme toutes les lavandières, elle eut envie de causer, d'apprendre quelque nouvelle et elle s'informa : 
- "Fontaine, pourquoi es-tu triste ?
Aurais-tu péché ?'
- "Je ne sais", dit la fontaine. "Un jour, un chasseur est venu.
Il avait soif.
Je lui ai donné mon cœur d'eau.
Lui m'a donné un mensonge.
Depuis, je ne vois plus le ciel."
- "Il faut vomir ce mensonge" dit la Sainte.
- "Hélas ! Comment le pourrais-je ?
Tant il a pénétré en moi que maintenant toutes les gouttes de moi sont gouttes de lui.
Pour nous démêler l'un de l'autre, il me faudrait être tarie."
- "Peut-être pas", dit la Sainte.
Elle tira de sa corbeille et jeta dans l'eau une brassière d'enfant qui s'étala sur la fontaine, ses deux petits bras en croix.
- "Fontaine, tu peux être guérie. 
Je vois le remède à ton mal.
Mais il sera dur : il faudra souffrir."
- "Souffrir ?
Je ne sais pas souffrir," murmura la fontaine.
- "Tu apprendras. Je t'aiderai.
Tu n'auras qu'à te laisser faire.
Ecoute !
Toi, la frémissante, toi, la vive dont le cœur d'eau jaillit et coule, tu ne couleras plus, tu ne jailliras plus, tu ne bougeras plus, tu resteras sans mouvement, immobile comme une pierre.
Toi, la voix du bois sauvage, toi, la rieuse, toi, la pleureuse, toi qui racontes si doucement tes secrets aux cailloux, tu ne parleras plus, tu te tairas nuit et jour, silencieuse comme une morte...
Tu frissonnes ?
Pauvre fontaine, il n'y a pas d'autre ressource.
C'est la parole qui t'a troublée.
Le silence te purifiera.
Et tandis que tu te tairas, écoute, fontaine, écoute bien !, le mensonge à toi mêlé, il le purifiera aussi."
- "Je me tairai", dit la fontaine.
Et sur les mains de la Sainte, elle éclata en sanglots.
Maintenant tout était lavé.
Sainte Radegonde se releva, ramassa son linge, l'entassa dans la corbeille, s'essuya les mains, se remit en marche.
- "Suis-moi", dit-elle à la fontaine.
Et la fontaine la suivit.

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Le petit sentier perdu qui retournait à la masure ne paraissait pas avoir à parcourir grande distance.
Pourtant, sortant de la forêt, il devint, à travers champs, long, si long, plus long encore, qu'il sembla ne plus savoir s'il y arriverait jamais.
La belle journée l'avait quitté.
La belle saison avait fui.
Des arbres et des buissons, toutes les feuilles étaient tombées.
Il allait, allait, allait...
Plus il allait, plus le temps qu'il rencontrait devenait rude et plus, devant lui, l'heure sombre.
La bise l'attaquait, lui coupait l'espace.
Plus il avançait, plus il avait froid. Parfois, la Sainte posait sa corbeille à terre pour souffler sur ses doigts engourdis.
Et la fontaine, derrière elle, coulait lourdement, coulait, le cœur de plus en plus serré.
Enfin, tombée la nuit noire, elles entendirent des cris et des gémissements et comme un piétinement sourd.
C'étaient les lépreux, les malades, les scrofuleux et les mourants qui se précipitaient vers Sainte Radegonde.
Quand elle les vit, la Sainte posa sa corbeille à terre et se mit à distribuer à chacun les linges, les vêtements et les habits qu'ils attendaient.
Puis elle s'en alla, avec eux, vers la masure.
Mais avant de fermer la porte, elle se retourna vers la fontaine.
La fontaine avait disparu.
D'un bout à l'autre de la plaine, autour de la masure obscure, la neige était étendue, immobile comme une grande morte, plus blanche que jamais blancheur, plus pure que jamais eau pure.
Elle se taisait.
Plus tard, la belle saison revenue, la neige avait fondu.
La fontaine avait retrouvé son eau pure.
Mais toujours timide et craintive, elle s'était cachée derrière la masure, dans un petit trou d'eau qu'il y avait là.
Elle essayait de se faire oublier.

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Bien vite cependant, les lépreux, les malades, les scrofuleux et les mourants l'avaient repérée.
Et souvent ils venaient s'y tremper, s'y rafraîchir et s'y baigner.
Et parfois, l'un d'entre eux en ressortait guéri.
Et c'est ainsi qu'une petite fontaine de rien du tout est devenue un jour :
Source Miraculeuse.

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4. A la tribune d'honneur

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Que l'attente paraît longue ...
Guillemette ne tient plus en place depuis le triomphe de son Jehan.
Penser qu'elle sera dans la "Tribune d'Honneur" lors du Tournoi de Pâques, la prive du sommeil, lui fait perdre le boire et le manger...
Jehan affecte un air détaché...
Mais, lui aussi, bout d'impatience !
Le grand jour arrive...
Enfin !
Nos deux tourtereaux se rendent au château et leurs yeux s'émerveillent.
Le pourtour des lices est décoré d'écussons à devises, d'emblèmes et de bannières flottantes.

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Dans les contre-lices où se pressent valets, pages et hommes d'armes, les quatre maîtres de camp ont pris place.
Ce sont eux qui donnent les ordres et veillent au bon déroulement des épreuves.
Dans les tribunes tendues de tapisseries, les dames arborent des toilettes chatoyantes.
Guillemette se sent un peu déplacée dans sa simplicité.
Elle porte sa robe de mariée...
C'est la plus belle parure de son trousseau !
Mais elle oublie bien vite ses préoccupations...
Les trompettes retentissent.
Les hérauts s'avancent dans l'arène et rappellent les règles.
Tout combat doit cesser au premier sang.

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Les chevaliers font leur entrée sous les regards admiratifs des jouvencelles et ceux, plus envieux, des jouvenceaux.
Un casque à visière, orné d'un somptueux panache, dissimule leur visage.
Leurs armures ciselées et damastiquées, les caparaçons de leurs chevaux ne portent qu'une seule couleur :
celle de la Dame de leurs pensées.
Si la Dame partage les sentiments de son champion, elle lui jette une manche de sa robe qu'il fixe fièrement à sa lance...
Ainsi se dévoilent les idylles et s'affichent de tendres inclinations...
Guillemette s'aperçoit soudain que la jeune Isabeau, la fille du Seigneur du Puy du Fou, a offert sa jolie manche safran à un chevalier harnaché de rouge...
Le Maître fronce le sourcil, lui semble-t-il...
Si jamais le jouteur remporte toutes les épreuves, le Seigneur devra lui accorder la réalisation d'un souhait, quel qu'il soit...
Bien embarrassant...!

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La jeune femme est arrachée à ses pensées car le tournoi commence...
Les combats à la lance, à la lourde épée sans tranchant, à la hache de guerre et à la pique se succèdent, opposant toujours deux adversaires.
Au moindre signe de violence, les maîtres de camp les séparent.
Il importe de respecter la plus grande courtoisie.
Le Chevalier Rouge résiste...
Il élimine tous ceux qui s'opposent à lui…
Le Seigneur a la mine sombre.
Il ignore qui se cache sous le heaume...
La tradition veut que seul le vainqueur final se dévoile.

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Il reste, toutefois, une ultime épreuve "la Quintaine".
Toute l'assistance se déplace vers la vaste prairie, au pied du château...
Guillemette frémit en se souvenant des souffrances endurées par Jehan.
La quintaine est dressée...
Elle est plus haute que celle des vilains puisqu'il faut l'assaillir à cheval...
Elle est formée de plusieurs hauberts recouverts d'écus.
Il faudra, en cinq coups, percer les écus de part en part, démailler les hauberts et, même, arracher de terre le poteau.
Rude tâche…!!

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Guillemette voit les mains d'Isabeau se joindre en une prière muette, lorsque son champion s'élance...
Les spectateurs, silencieux, oppressés, retiennent leur souffle...
Tous les regards convergent vers l'imposant mannequin.
Au premier assaut, le jeune homme empêtre sa lance dans les mailles des cottes et vide les étriers ...
Heureusement sans dommage !
Il prend un nouvel élan et la quintaine vole en éclats sous les acclamations de la foule... Isabeau rayonne ...
Le Chevalier Rouge s'approche de la Tribune d 'Honneur...
Il va montrer son visage et exprimer sa requête...

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La visière se soulève et apparaît le regard triomphant de Hugues, le fils du Seigneur voisin...
Le Maître sourit... avec soulagement.
Il accède avec grâce à la demande du vainqueur : hâter ses noces avec Isabeau, qui lui est promise depuis l'enfance.
L'assistance applaudit à cet heureux dénouement et se précipite vers les longues tables où un plantureux banquet aiguise les appétits...
Ensuite, viendront les ménétriers et l'on dansera...
Demain sera un autre jour...
Demain, mais seulement demain, reviendront les rudes contraintes de la vie quotidienne ...'

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3. La quintaine de Jehan (Petite histoire)

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Quelle belle matinée !
Le petit village du Puy du Fou se noie dans le bleu d'un ciel sans nuages, le soleil brille de tous ses rayons et comme pour le fêter, les oiseaux s'égosillent dans les frondaisons.
Jehan et Guillemette, les nouveaux mariés, éveillés par ce joyeux tapage, se regardent, émerveillés.
Ils savent que leur avenir sera aussi lumineux que ce radieux matin d'Avril.
Que ce serait bon de paresser dans le grand lit douillet !

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Mais Jehan doit se soumettre à une rude épreuve :
"la Quintaine des jeunes mariés".
Devant tout le village assemblé, il doit prouver qu'il n'a pas dissipé toute sa vigueur dans des jeux moins périlleux ... !
D'ailleurs, le Seigneur assistera au défi et si le jeune homme triomphe de son "ennemi", il sera généreusement récompensé.
Jehan, escorté par tous les villageois, arrive dans la lice où la quintaine l'attend.

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Mon Dieu, que ce mannequin d'osier est impressionnant avec ses dix pieds de haut et son bras géant armé d'une lance de bois !
Jehan sait que ce buste gigantesque, à la tête grimaçante, est fixé sur un pivot extrêmement mobile.
Il sait aussi que, seul, à pied, la lance à la main, il n'aura que cinq coups pour l'abattre.
S'il attaque mal, la quintaine accomplira une volte complète et mettra en branle son bras monstrueux qui le frappera violemment dans le dos.

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Vaillamment, Jehan concentre son énergie, se précipite sur son "adversaire".
Les assistants retiennent leur souffle...
Hélas, notre héros a mal porté son attaque et n'a que le temps de se jeter au sol pour éviter le choc en retour.
Reprenant son calme, le jeune homme réfléchit avant sa prochaine tentative.
Il comprend qu'il doit atteindre le mannequin en plein "cœur" pour qu'il bascule.
Il s'élance... mais il a encore frappé trop bas.

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Cette fois, il n'arrive pas à esquiver le bras vengeur.
Il se relève, couvert de poussière et ruisselant de sueur.
Les villageois rient à gorge déployée et, plus fort que les autres, le Geoffroy, qui ne lui a pas pardonné d'avoir séduit la petite Maupillier...
Guillemette le foudroie du regard.
Elle souffre de voir son mari ainsi ridiculisé... !
Et quand il retourne à l'assaut, la jeune femme adresse une ardente prière à la bonne Vierge.
Elle ferme les yeux...
Elle ne veut pas regarder...
Et jamais la quintaine se vengeait et le laissait là, sans vie, à même la terre...
Non, il ne faut pas y penser, il ne faut pas attirer le malheur...

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Soudain, une clameur jaillit, des applaudissements enthousiastes éclatent...
Elle soulève lentement les paupières...
La quintaine gît au sol et Jehan lève un bras vainqueur.
Elle court l'embrasser...
Elle est si fière de lui...
Leurs effusions tournent court car le Seigneur s'avance vers Jehan pour le récompenser.
Le Maître se montre bien généreux.

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Le "nouveau Roi de la Quintaine des Vilains" sera libre de redevances pour l'année à venir.
De plus, il pourra assister, dans la tribune d'Honneur, à la prochaine Quintaine des Chevaliers et aux joutes qui marqueront les fêtes de Pâques.
Nos deux amoureux s'en retournent vers leur chaumière pour y goûter un repos bien mérité...

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2. Les noces de Guillemette

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Dans la ferme des Maupillier, à peine le soleil s'est-il levé que l'agitation règne.
Aujourd'hui, c'est jour de noces : Guillemette va épouser son Jehan.
Ne s'est-elle pas assez langui de son beau colporteur ?
Dès le retour du jeune homme, on avait fixé le mariage au lundi précédent Mardi Gras...
Ainsi, on pourrait faire bombance avant le Carême et profiter du dernier repos avant les labours de Mars.
Le promis et son futur beau-père avaient comme la coutume l'exigeait, fait le tour des chaumières pour inviter les voisins aux noces.
Dans chaque ferme, ils avaient dû manger l'omelette au lard et vider un pichet de vin...

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Autant dire qu'ils n'étaient pas rentrés l'esprit très clair... !
Et en ce lundi, Guillemette, habillée d'une superbe robe rouge, attend son fiancé cachée dans le grand lit de ses parents...
Soudain, une main frappe de toutes ses forces à la porte, soigneusement fermée, de la chaumière ...
"Que veux-tu ?",
demande Jacques, le frère de Guillemette.
"Je suis à la recherche d'une petite colombe", répond Jehan.
"Entre et cherche", reprend Jacques.
Aussitôt, Jehan se met à fouiller fébrilement la pièce et trouve Guillemette, derrière les rideaux du lit.
Elle se met à pleurer, hurlant qu'elle ne veut pas quitter sa mère pour un homme.
Alors, son fiancé la saisit brusquement et la hissant sur son cheval, l'emporte vers l'église au grand galop.

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Il respecte la tradition qui veut que la fiancée soit enlevée au foyer paternel, pour que le mariage soit heureux.
Quand toute la famille a rejoint les jeunes gens à la chapelle, la messe commence et l'échange des anneaux se fait dans le recueillement.
Puis les nouveaux mariés quittent le lieu saint.
Ils sont accueillis par les cris de joie des villageois qui leur jettent des grains de froment et des fleurs, gages de fertilité pour leur couple.

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Les joueurs de vielle se mettent à jouer et tout le cortège se dirige vers le pré où les tables du banquet sont dressées Les jeunes époux sont installés à la place d'honneur.
Pour que leur union soit durable, la grand-mère Bertrade, la plus âgée de la famille, les attache l'un à l'autre. 
C'est-à-dire qu'elle tire un fil du châle de Guillemette et un fil des chausses de Jehan et les lie ensemble.
Les voilà, selon un vieil usage païen, "unis par les liens du mariage".
Ce cérémonial respecté, le festin peut commencer.
Soupe au lard, anguilles, lièvres offerts par le Seigneur du Puy du Fou qui préside l'assemblée, fromages et tartes au miel.

PUY_3549Les ripailles, bien arrosées, durent des heures...
Jehan et Guillemette rêvent de s'esquiver...
Mais, impossible, on les surveille !
Ce ne sera qu'après les danses qu'ils pourront, enfin, s'en aller...
Mais il ne faut pas que nos tourtereaux espèrent partir discrètement.
Toute la noce les escorte jusqu'au grand lit clos qui va abriter leur première nuit de mariés et pendant plus d'une heure, on chante à tue-tête sous leurs fenêtres...
Après les émotions de cette journée épuisante, pour la première fois depuis qu'ils sont fiancés, ils sont en tête à tête...
Sans doute Guillemette est elle un peu effarouchée.
Sans doute Jehan est-il un peu ému devant tant de fraîcheur et d'innocence.
Mais ne soyons pas indiscrets, laissons-les à leurs confidences et à leurs rêves.

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1. Le Noel de Guillemette

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"Guillemette ! Guillemette !"
L'appel de sa mère arrache la jeune fille à ses pensées.
Tristes pensées, en vérité...
Pourtant, en ce 24 Décembre, la joie rayonne dans les cœurs, les yeux brillent, les rires fusent.
Le village s'apprête à fêter la Nativité.
Depuis plusieurs jours, les chaumières résonnent des joyeux préparatifs.
Chez Guillemette aussi, chacun s'affaire.

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Les hommes ont installé la bûche de chêne dans l'âtre.
Pierre, le benjamin y a versé le vin et le sel qui préservent des mauvais esprits.
L'aïeul y a fait couler quelques gouttes du précieux cierge de la Chandeleur, celui qui garantit longue vie à toute la maisonnée.
Les femmes ont sorti le porc du saloir.
Après la messe de Minuit, la soupe sera bonne.
Guillemette, elle-même, a préparé le gâteau traditionnel à base de pommes, de noix et de miel.
Mais elle se sent étrangère à cette liesse ...
"Guillemette ! Guillemette ! Viens t'habiller pour la messe !"

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C'est vrai... la crèche vivante...
N'a-t-elle pas été choisie, parmi toutes les jeunes filles de la Seigneurie, pour incarner la Vierge Marie ?
Un honneur que toutes ses compagnes lui envient...
Pourquoi ce poids pèse-t-il sur son cœur ?
Pourquoi toute cette animation lui paraît-elle dérisoire ?
Pourquoi deux yeux bleus dansent-ils devant les siens ?
"Guillemette ! Guillemette ! ... mais à quoi rêves-tu ? Je te parle, voyons !
- Oui, Maman !...  
Surtout tu ne lèveras la tête sous aucun prétexte, tu garderas une attitude modeste et recueillie, tu... "
Mais Guillemette n'entend plus rien.
Lancinants, les souvenirs affluent...
Il avait promis :
"Je serai de retour aux vendanges. 
Je poserai mon sac. 
Je resterai dans ton village. 
Attends-moi !"
Et voilà des mois que le vin est en fûts, des mois qu'elle espère, des mois que son cœur bondit au moindre bruit de pas...
Mais rien !
Pourtant, elle sait qu'il était sincère, ce beau colporteur.
Il était venu un matin d'Avril, avec ses quenouilles et ses fuseaux.

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On l'avait accueilli à la ferme comme le veulent les lois de l'hospitalité.
A la veillée, il avait raconté ses voyages, sa vie aventureuse et Guillemette buvait ses paroles.
Et lui ne semblait parler que pour elle...
Surtout lorsqu'il disait qu'il était las de courir les routes, qu'il voulait fonder un foyer.
Il avait réparé les rouets et avait repris son chemin...
Mais ses dernières paroles étaient pleines d'espoir.
Alors ?
"Guillemette ! Guillemette ! Nous partons ! L'heure avance".
Arrivée dans l'humble chapelle, la jeune fille prend place entre le bœuf et l'âne, serrant dans ses bras l'Enfant Jésus de chiffons.
Les trois messes basses se déroulent.
Guillemette pense à Jehan.

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Peut-être est-il seul dans le froid et la neige ?
Peut-être l'a-t-il oubliée ?
Peut-être est-il en train de faire les mêmes promesses à une autre fille, là-bas ?
Et Guillemette prie.
Elle implore Marie de l'aider, de la protéger.
La cérémonie touche à sa fin.
Un homme s'avance vers l'autel.
Il porte l'agneau blanc.

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En cette nuit sainte, Dieu pardonne les fautes et l'âme des Fidèles retrouve sa blancheur à l'image de la toison de cet agneau.
Le rôle de Guillemette est terminé.
Désormais, l'agneau symbolisera la pureté dans la crèche de Noël.
La jeune fille va rejoindre sa famille.
La main du berger se tend pour l'aider.
Elle lève la tête et ses yeux rencontrent ... un regard bleu qui lui sourit.
"Je suis là !"
dit une voix grave.
Ce fut, sans doute, le plus beau Noël de Guillemette.

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Aux premières lueurs du jour

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Saluant les premières lueurs du jour, le coq chante...
Toute la famille Maupillier sommeille encore... retardant le moment de quitter la tiédeur du lit.
C'est qu'il fait encore froid au mois de Mars dans le petit village vendéen, niché au pied des murailles du château du Puy-du-Fou.
Certes, le toit de chaume isole bien la maison des rigueurs de l'hiver... mais les deux petites fenêtres, mal fermées par de simples volets de bois, laissent pénétrer l'air vif du matin.
Dans la cheminée, les bûches de la veille achèvent de se consumer.

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Heureusement, l'étable est toute proche et la chaleur des bêtes rayonne par la porte entrouverte.
Marie Maupillier écarte les rideaux du grand lit, enjambe Jacques, son mari et enfile sa tunique de laine.
Vite, elle s'approche de l'âtre, souffle sur les braises encore rougeoyantes, jette un fagot de brindilles ...
Il faut ranimer le feu pour faire chauffer la soupe !
Marie réveille sa fille, Isabelle, pour qu'elle dresse la table.
C'est vite fait !
Une vieille porte sur deux tréteaux... les écuelles en bois... les gobelets en terre cuite.

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Tout est prêt...
Les hommes peuvent se lever...
Prime vient de sonner et la journée s'annonce longue et rude.
Le repas est rapide : une écuelle de soupe, une tranche de pain...
Jacques et son fils, le petit Jacques, partent aux champs pour les premiers labours, les plus pénibles.
La terre, gorgée d'eau lourde et glissante, colle aux chausses.
Chaque pas réclame un effort...
Le sol, laissé en repos l'année précédente est couvert de mauvaises herbes...
Mais il ne faut pas se décourager, il faut s'atteler à la tâche... !
Jacques, en bon laboureur, respecte la tradition.
Il se signe, trace le signe de la croix sur le front de ses bœufs, puis place une écuelle contenant des œufs sur l'avant-train de la charrue.
C'est le petit Jacques qui donne le signal du départ en piquant les bœufs de l'aiguillon.
Le coutre en fer fend la terre...

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Le labour commence...
A la première traction, les œufs tombent mais ne se cassent pas...
La prochaine récolte sera bonne... !
Jacques Maupillier, comme encouragé par ce présage favorable entame son labeur avec ardeur.
Il tient serrés les mancherons : le sillon doit être bien droit !
Arrivé en bout de ligne, il détache la terre grasse et les herbes collées au soc....
Il poursuit son exténuante navette, sillon après sillon, d'un bout à l'autre du champ, maîtrisant à la force des bras, le mordant du métal.
Il s'applique à sa besogne, la démarche lourde et l'œil fixe... il semble faire corps avec sa charrue.
Midi sonne.

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Les bêtes et les hommes sont épuisés... Isabelle arrive : elle apporte les crêpes cuites sous la cendre et le pot de miel.
Ouel régal !...
C'est l'heure bienfaisante de la pause !
Jacques regarde avec satisfaction les sillons bien rectilignes qu'il a tracés...
Le moment de repos s'achève trop vite...
Le travail reprend jusqu''aux Vêpres qui sonnent à la tombée de la nuit...
Jacques et son fils rentrent à la chaumière et, à la lueur d'une chandelle de suif, ils avalent une jatte de soupe épaisse qui réchauffe le corps.
Les grosses tranches de pain remplissent les estomacs avides après cette journée de labeur au grand air.
Le feu pétille dans la cheminée.

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Une douce torpeur engourdit les corps.
Il est temps d'aller se coucher.
Demain, il faudra tracer d'autres sillons.
La terre est exigeante et les hommes doivent se pencher inlassablement sur elle pour faire éclore les moissons, sources de vie.

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