Terre de géants
Terre de géants et de genêts d'or, Vendée aujourd'hui quand notre mémoire allait t'oublier, on t'admire encore.
Grâce au Puy du Fou qui refait l'histoire.
Et, en fleurs de nuit, reprend ton combat pour la liberté, pour Dieu.
Le cœur bat.
Jacques Maupillier fait courir les foules.
Certes, près de lui, point ne se défoulent.
Les gens fort surpris, ce n'est pas du rock.
La foi parle au cœur et, en tous, fait choc.
Appels des clochers, longs échos du cor, airs de chasse, cris ... de guerre, airs de foire, la "Cinéscénie" est belle.
Temps fort.
Le réel s'unit avec l'illusoire.
La passé renaît et défile au pas :
Montfort, Charette, Clémenceau, de Lattre, tous le monde est là.
On craint quand soudain les chevaux déboulent.
Au nom de Verdun, lourdes larmes coulent.
Le spectacle émeut.
Ce n'est pas du toc.
On voit les héros, on revit leur sort :
François 1er, Charette ... rois couronnés de gloire.
Bonchamps qui pardonne au seuil de la mort, nous fait applaudir une autre victoire.
Un ange passe ... quand leurs croix là-bas font que Bleus et Blancs se tendent les bras.
Dans la paix des soirs quand les charrois roulent, quand aux mâts de mai, vœux et fleurs s'enroulent, Vendée, en nous, droit s'enfonce ton soc !
La foi parle au cœur et, en tous, fait choc !
La Cinéscénie... 50 ans de spectacle.*
Le spectacle du Puy du Fou est un "spectacle" hors du commun, non seulement grâce à sa qualité technique que par sa qualité humaine.
Parti d'une "idée folle ", il est arrivé en 50 ans à un niveau international.
Cette évolution s'est faite grâce à la solidarité et l'amitié qui sont à la base de cette "organisation".
Sans...., le PUY DU POU, ne serait pas ce qu'il est actuellement.
Pendant des années, les Puyfolais ont lutté ensemble contre toutes les difficultés qu'apporte un spectacle d'un tel niveau.
Ce qui est admirable, c'est que ces Vendéens ont eu la volonté de continuer ensemble en créant ou redynamisant des activités (Ex : Radio alouette, le chemin de fer de la Vendée, le Club Archéologique du Puy du fou, etc…), afin d'animer la région et de ce fait promouvoir le spectacle.
Lors de la première représentation, en 1978, beaucoup croyaient à son échec...
Mais heureusement pour nous, ils se trompaient.
Car un spectacle dans un site exceptionnel avec des acteurs et une organisation exceptionnels ne pouvait que réussir.
La première chose qui éblouit le spectateur qui arrive sur les lieux, c'est ce site grandiose, avec un étang d'où jaillissent les ruines d'un château.
En les découvrant, le spectateur entre dans un état d'esprit qui le tiendra pendant tout le spectacle et dont il aura du mal à se défaire tant l'ambiance l'a enveloppé.
Il ne pourra pas oublier ces êtres reproduisant les gestes de leurs ancêtres, afin d'immortaliser leurs souvenirs.
Les jeux de lumière l'obligent à regarder dans telle direction pendant que la scène qu'il vient de quitter s'évanouit dans la nuit.
Ces paroles et ces musiques, synchronisées avec les gestes des paysans et ces chevaux galopants devant lui, ce château où au loin se dessinent des formes humaines reproduisent la vie des châtelains du PUY DU FOU.
Le spectateur n'oubliera pas le moment où le château s'enflamme dans la nuit.
Et ces paysans vendéens, soldats, danseuses évoluant sur l'eau, donnent l'impression qu'ils marchent au-dessus des ondes.
Non, il est impossible d'oublier un spectacle d'un tel niveau.
Le spectateur, de retour chez lui, revivra une seconde fois ce spectacle, mais cette fois dans ses rêves.
Mais ce qu'il verra ne sera qu'un aperçu, car la richesse du spectacle est telle qu'il est impossible de contempler tout à la fois.
Mais, il reste une solution :
y retourner et savourer encore une fois :
"La Cinéscénie".
Le crucifix d'ivoire de Louis Marie Grignon de Montfort
Louis Marie Grignon de Montfort (1673-1716).
Les premiers missionnaires furent les apôtres.
Ainsi, saint Paul prêcha la foi chrétienne à Antioche et à Rome, saint Matthieu en Judée, saint Jean en Ephèse.
Ajoutons l'apostolat de François-Xavier en Pendjab, et nous aurons une approche de la démarche de Montfort.
A la Toussaint de 1692, Louis Marie n'a pas encore vingt ans et décide de partir pour Paris...
Il parcourt en dix jours les 370 km qui le séparent de la capitale.
Avant d'entrer dans la ville, il rencontre deux misérables dépenaillés qui lui tendent la main.
"La charité, s'il vous plaît... au nom de Dieu."
Grignion s'arrête, offre ses maigres économies (dix écus) et son sac de linge et de provisions préparé par sa mère.
Il se dépouille de son habit neuf et il endosse les haillons crasseux du mendiant.
Louis Marie entre chez M. de La Baraudière.
Il recueille les écoliers pauvres.
Pour subsister, il obtient un emploi macabre : veiller les corps à la paroisse Saint-Sulpice.
Il partage ses jours entre les prières des vivants et les oraisons pour les morts.
Il est ordonné prêtre au printemps de 1700.
Il rêve de missions en des terres lointaines, mais on lui offre Nantes.
Ses supérieurs redoutant ses excès.
Mme de Montespan orientera sa carrière en l'envoyant à Poitiers où il sera promu aumônier de l'Hôpital général.
Il va stimuler la ferveur assoupie par une campagne d'impulsions spirituelles.
Il forme des recruteurs, des prosélytes et des prédicateurs qui vont s'installer dans les villages et frapper les imaginations par des messes chantées, défilés de pénitents, longues marches coupées de prêches et de prières, homélies, carêmes, processions...
Louis Marie mobilise la musique et le théâtre au service de la foi.
De par son comportement, il sera détesté du clergé et rejeté par les chanoines prébendiers et il sera interdit par les évêques.
Alors, il décide à aller s'expliquer lui-même au Vatican et il part pour Rome à pied.
Après six mois de voyage, il arrive à Rome.
Il sera recueilli par les frères théatins, qui intercèderont auprès du Saint-Père.
Clément XI reçoit le vagabond, l'écoute passionnément pendant des heures évoquer les bourbiers et les fondrières de son apostolat.
Le Pape se lève pour marquer la fin de l'entretien, bénit Montfort, lui confère le titre de "missionnaire apostolique".
Il lui remet un crucifix d'ivoire et l'engage à poursuivre ses missions.
Montfort revient à Poitiers après avoir arrimé le crucifix du Pape sur son bâton de pèlerin.
Mais la faveur de Clément XI ne fait qu'augmenter l'hostilité des évêques.
Mais, il lui reste sa Foi surhumaine en sa "Mission".
Le Père de Montfort alimentait sa vie spirituelle dans une prière continuelle et dans des retraites prolongées, il fut l'objet de visions fréquentes de la Sainte Vierge.
Le 1er avril 1716 (à 43 ans), épuisé par le travail et la maladie, il se rend à Saint-Laurent-sur-Sèvre pour sa dernière mission.
Le 27 avril, il dicte son testament.
Le lendemain, se soulevant sur son grabat, le crucifix à la main, le regard rayonnant, il entonne d'une voix vibrante le premier couplet d'un de ses cantiques :
"Allons mes chers amis, Allons en Paradis !
Quoiqu'on fasse en ces lieux, Le Paradis vaut mieux !"
Il expire peu après.
Béatifié le 22 janvier 1888, il est canonisé le 20 juillet 1947.
Le mariage
MARIAGE signifie alliance, c'est l'union indissoluble d'un couple qui ne peut être brisée que par la mort ou le divorce.
Seul le mariage civil est reconnu devant la loi.
Les mœurs de nos ancêtres, les Gaulois, Celtes venus de l'est étaient empreintes de rudesse.
Bien que César ne fût pas un exemple de fidélité en la matière, il souligne la rigueur des institutions qui règle les rapports entre époux gaulois.
Le mari possédait alors droit de vie et de mort sur sa femme, les sanctions les plus terribles pouvaient lui être infligées.
Alors qu'en Europe et en Asie les femmes doivent accueillir au foyer les concubines officielles, les Gaulois ne pratiquent pas la polygamie.
A l'exception de très hauts personnages qui avaient toutes les permissions.
Venant de la coutume des Francs, la première nuit en signe d'accord définitif et en témoignage de "satisfaction".
Le mari remettait à la jeune épousée une somme d'argent "la Morgengabe" ce qui signifie, cadeau du matin.
Ce cadeau constituait le douaire (soit de l'argent, soit quelques lopins de terre), qui en cas de malheur revenait à la femme.
Aujourd'hui cela correspond à une assurance vie.
Cet hommage était concrétisé sous la forme de treize pièces d'or "le treizain" que l'épouse conservait dans une cassette.
L'église consolida son autorité au cours des siècles et jusqu'à la révolution, ces formes extérieures et son esprit demeurèrent immuables.
Le prêtre enregistre dans sa mémoire les unions qu'il a célébrées.
C'est à lui seul que l'on s'adresse pour préciser la date du mariage.
Certains officiants cependant notent, pour eux-mêmes, les principaux événements de la vie de leurs paroissiens.
L'obligation de tenir par écrit un état des baptêmes, mariages et enterrements ne leur fut imposé qu'au XVIᵉ siècle.
Le prêtre assiste au "contrat", le jour venu, il est partout à l'honneur.
Il accueille les mariés dans son église fraichement parée pour la circonstance, bénit le couple et a droit à une place d'honneur au repas.
Dans la bourgeoisie et le peuple, les fiancés calculent sou par sou s'ils auront de quoi monter leur ménage.
Les plus pauvres attendront des mois avant d'avoir l'argent nécessaire.
Se marier sans un sou passe pour une grande imprudence - "mariage de faim et de la soif".
Après la messe de mariage, le retour à la maison se fait en cortège au son des instruments.
Les réjouissances durent plusieurs jours, elles consistent en un long et copieux repas, des chants, des jeux sont destinés à mettre en relief la force ou l'habileté de l'époux.
Les épreuves destinées à la mariée symbolisent la fidélité et ses qualités de bonne ménagère.
Enfin, des danses particulières aux noces sont exécutées par les convives.
La coutume d'offrir un gâteau subsiste toujours.
Cette offrande symbolique remonte au Moyen Âge.
Ceux qui mariaient leur fille offraient un gâteau au seigneur propriétaire des terres sur lesquelles ils étaient établis.
Appel au recueillement.
Dans le spectacle "La Cinéscénie", on entend :
"J'aime la prière des cloches à l'angélus de l'aube"…
La Cinéscénie nous invite "indirectement" à aller plus profondément dans le recueillement.
Dès le début, déjà, on entend :
"Il m''appellent le vieux galopin, ....le vieux cherche-pain..."
Même s'il ne passe plus de nos jours de village en village, ce vieux cherche-pain ne peut-il pas faire penser à tous les pauvres gens de notre terre, à tous ceux qui, en notre siècle, cherchent leur pain et n'en trouvent pas ...
Que d'efforts à faire pour qu'une plus grande égalité existe entre les hommes, pour qu'une solidarité plus profonde ouvre le cœur des uns et des autres.
Et cette famille des Maupillier, quel bel exemple de la vertu d'accueil si nécessaire pour la vie en société !
La place du "Pauvre" est toujours là, quelle que soit l'heure à laquelle il se présente.
Ensuite, on évoque au passage l'Abbaye de la Grainetière, si florissante en son époque.
Une abbaye, lieu où se rassemblaient des hommes consacrant toute leur vie au Seigneur et portant dans leurs prières les soucis de tous les travailleurs des alentours.
"J'aime la prière des cloches à l'angélus de l'aube qui féconde mes champs".
La prière des cloches, la sonnerie de cloches est le symbole de la prière qui monte du cœur de l'homme vers le Seigneur du Ciel et de la Terre :
Rythmant chaque jour le travail des hommes pour la prière du matin, la pause du midi et la prière du soir...
Rythmant chaque semaine le repos du dimanche pour la louange du Seigneur.
Rythmant encore les grandes étapes de la vie, depuis "les matins de Baptême jusqu'aux soirs de trépas".
Toute la vie de l'homme est ainsi traversée de moments de prière.
Survient ensuite la grande bourrasque de 1793.
Parce qu'on les empêche de pratiquer leur religion et de vivre leur foi, des hommes, des femmes et des enfants vont se soulever pour défendre leur terre et leur foi.
Ils sacrifieront leur vie pour la défense des libertés les plus fondamentales.
Alors que les "Colonnes Infernales de Turreau" poursuivent leur œuvre de mort tant dans les localités que dans les campagnes.
Dans les scènes qui suivent ces évocations de batailles et de cruauté, est-il impossible de faire monter vers Dieu une prière, une demande de pardon pour tout ce que la méchanceté des hommes a suscité et suscite encore de par le monde : guerres, violences, massacres, etc ... ?
Ce pardon, dont Bonchamps, nous laisse chaque soir un si bel exemple :
"Grâce aux prisonniers".
Avec l'évocation du Saint-Père de Montfort, dont les missions ont tant contribué à développer et à approfondir la foi catholique dans les paroisses de la région, retentit le TE DEUM.
"Oui, je les vois bien tous autour de lui, le pèlerinage à Saint-Laurent, le tombeau du Bien Heureux Montfort et lui, mon père, dans sa voix de bucheron hargneux qui entonne le "Te Deum" derrière le grand vitrail".
Autre mystère.
Celui de la Rédemption, avec ces "croix des milliers de Bleus et des milliers de Blancs que la mort a réconciliés à jamais" et ces croix qui se dressent sur la digue et cette "Croix" qui surgit de l'étang...
Qui peut nous empêcher de penser à tout le symbolisme de l'eau dans l'histoire de la vie chrétienne et au thème de la Croix dans la vie de l'Église du Christ ?
Et quand la Vendée se relève peu à peu de la grande tragédie de 1793,
"la terre en friche se refuse, les premiers pas se brisent sur les souvenirs de guerre et puis la terre finit par s’ouvrir".
Nous sommes comme les autres hommes : il est difficile d'oublier, mais il nous est demandé de pardonner.
14-18 : Qu'il est donc difficile pour les hommes de vivre en paix !
39-45 : Une autre époque que nos anciens ont vécue...
Mais puisse-t-elle ouvrir sur une période où les hommes, "le genou bien en terre et la tête dans les étoiles", comprendront enfin qu'ils sont faits, non pas pour se tuer, mais pour s'entendre, pour s'entraider et pour s'aimer.
Que ces quelques lignes puissent nous aider à toujours mieux vivre les scènes que nous sommes amenés à regarder à la Cinéscénie.

Certaines de ces évocations du passé pouvant aussi, si nous le voulons, être porteuses de notre prière. Louange et reconnaissance, action de grâce et humilité, demande de pardon et prière pour la paix.
Inconnue ? *
Je vous suis sans doute inconnue.
Quand j'habitais ici jadis, il y a 400 ans, on me nommait Catherine du Puy du Fou.
Les lieux ont bien changé depuis.
Mais je reviens souvent le soir faire cette promenade.
J'aime bien regarder mon château de ce côté.
La chaleur de ses briques me rappelle mes songes italiens.
Et quand le soleil s'est couché, soudain j'entends le pas des chevaux qui traversent le temps, descendant et remontant le cours des âges.
Ecoutez.... Eux aussi, ils ont perdu leur siècle.
Leur course dans la nuit m'invite à la confusion des époques et désaccorde ma mémoire en peuplant ma demeure de toutes ces ombres impalpables qui, jour après jour et succédant dans l'histoire, ont vécu dans ce pays du Bas-Poitou, que je crois, vous appelez :
"la Vendée".
Le chant des marais (Suite de l'article du 23 nov 2016)
http://www.puystory.fr/archives/2016/11/23/32790764.html
Le plus connu des chants nés dans le système concentrationnaire nazi.
Il est devenu le chant international des déportés.
Adaptation en français d'un chant allemand, il a été traduit et adapté par les déportés dans différentes langues.
C’est alors qu’il connut des variantes dans les paroles et les adaptations musicales.
Le Chant des marais a été écrit en juillet–août 1933 par des prisonniers allemands antinazis au camp de Börgermoor en Basse Saxe.
Dés son arrivée au pouvoir Hitler met en place des camps de concentration pour interner les opposants politiques du nouveau régime.
Les militants communistes puis socialistes sont les premières cibles de la répression, puis tous ceux qui s’opposent pour des raisons politiques ou par convictions religieuses à l’idéologie nazie.
Il ne s’agit pas encore de camps d’extermination tels qu’ils se développeront pendant la Guerre.
C’est par exemple la création de Dachau ou encore du camp de Borgemoor où la chanson d’aujourd’hui trouvera naissance.
Le travail, éreintant, consistait à assécher les marais voisins pour augmenter la production de blé.
Les 1ers camps de concentration sont ouverts dès mars 1933, parfois dans des lieux improbables et plus ou moins provisoires.
Ils sont dirigés par les SA ou la naissante Gestapo.
Leur règlement intérieur est inspiré des prisons.
Ces camps fermeront entre fin 1933 et 1934, ou seront réaffectés à d’autres détenus (Droit Commun), avant de connaître des destins divers.
La musique et les chants font partie du quotidien des détenus des camps, puisque les gardiens les obligent à chanter des chants nazis et des chansons traditionnelles allemandes lorsqu’ils partent au travail, et lors des appels et prennent ensuite ce prétexte pour frapper.
Dans d’autres camps, dans les grands camps, la musique sera instrumentalisée par les chefs des camps, qui créent des orchestres composés d’internés, orchestres qui jouent dans les plus tragiques circonstances.
En août 1933, suite à des violences répétées, quelques détenus de Börgermoor décident de composer leur propre chant.
Mis au repos à l’infirmerie, ayant récupéré une guitare, Johann Esser en compose les paroles.
Pendant longtemps les auteurs de ce chant nous furent inconnus, mais dans un bulletin d’avril 1977, l’Amicale de Mauthausen indique que ce chant est né au camp de Bögermoor en juillet-août 1933.
Parmi les premiers déportés du régime, Johann Esser, un mineur et auteur de poèmes dans un journal engagé, Wolgang Langhoff, un acteur et Rudi Goguel né à Strasbourg , un employé, composera la musique, sont les auteurs du "Chant des marais".
Tous les trois étaient membres du KPD, le parti communiste allemand.
En Allemagne, le chant passe de camp en camp et sera même repris par des détenus du camp d’extermination d’Auschwitz.
Exporté en Angleterre par des ex-détenus exilés du camp de Borgermoor.
Comment cette chanson est-elle connue ?
Après répétition dans les lavabos de la baraque 8, la chanson est chantée, le 27 août 1933, lors d’un moment récréatif accordé par la direction du camp aux détenus.
Ceux-ci l’intitulent le "Konzentrazani", par analogie, hommage et dérision avec un cirque alors très connu en Allemagne, le cirque Sarrasini.
La chanson est chantée par 16 hommes, dans leur tenue verte.
Il est repris en chœur par les internés… et par certains gardes, qui s’identifient à ces soldats des marais qui vivent loin de chez eux !
A la fin, les 16 hommes plantent leur bêche dans la terre du camp.
Le chant sera interdit 2 jours plus tard par le commandant du camp, et le restera dans les camps nazis jusqu’à leur chute.
Mais la carrière de la chanson est lancée ….
Ce chant sera recopié clandestinement (détenir papier et crayons est interdit).
Les détenus transférés d’un camp à l’autres le popularisent, ainsi que ceux qui sont libérés.
Etre libéré d’un KL reste possible jusqu’à l’entrée en guerre, sous condition.
Une amnistie très partielle est ainsi accordée pour Noel 1935.
La chanson paraît le 8 mars 1935 dans AIZ , "Arbeiter Illustrierte Zeitung", le journal clandestin du parti communiste allemand.
Les paroles expriment plusieurs sentiments.
D’abord dans une grande tristesse, l’exil sur une terre inhospitalière et marécageuse.
Le deuxième couplet évoque l’isolement, l’enfermement, la mise à l’écart de la société allemande.
Le troisième couplet montre la dureté et la violence qui règnent dans les camps administrés par les SA (puis par les SS).
Pourtant le chant se termine par une note d’espoir sur la prochaine libération (couplet plus dernier refrain).
Après sa libération, Johan Esser (né en 1896, décédé en 1971), l’ancien syndicaliste communiste, poète et écrivain, se retrouve dans une grande misère le réduisant même à publier des poèmes patriotiques dans des journaux proches du pouvoir.
Il retourne au syndicalisme dans l’Allemagne de l’ouest après la guerre.
Wolgang Langhoff (né en 1901, décédé en 1966) à Berlin est libéré en mars 1934 et s’exile en Suisse pour la durée du conflit.
Après la guerre il rejoindra Berlin est où il dirigera un théâtre.
Rudi Goguel (Né à Strasbourg, alors allemande, en 1908, décédé en 1976) est libéré en 1934 et replonge tout de suite dans la résistance.
Arrêté à nouveau il est torturé et condamné à 10 ans de prison.
En 1944, à peine libéré, il est à nouveau arrêté et interné en camp de concentration à Neuengamme.
En 1945 , il fait partie des 8 000 détenus évacués par les nazis sur des bateaux destinés à être coulés en Mer Baltique.
Il est l’un des rescapés de la tragédie du Cap Arcona, ce paquebot transformé en prison-mouroir par les SS en 1945.
Ces bateaux seront pris pour cible par l’aviation britannique dans la confusion de la fin de la guerre.
Goguel échappe de peu à la mort.
Communiste convaincu, il finira sa vie en Allemagne de l’est.
En France, "Le chant des marais" est fréquemment associé au "Chant des Partisans" et à "La Marseillaise" lors des commémorations
La Quintaine et ses Ancêtres.
Dans son Odyssée, au chant IV, sont évoqués les prétendants de Pénélope.
Pendant que celle-ci trompait son ennui en tissant une interminable tapisserie, séparée qu'elle était de son époux en guerre sous les murs de Troie, ceux qui prétendaient à sa main se divertissaient au jeu de la quintaine.
Et des vases grecs les représentent, armés d'un javelot sans fer ni pointe, se livrant à ce qu'on appelait alors "l'Oegeneum" (un combat quelque peu ressemblant à celui de la quintaine).
On retrouve encore la trace de ce jeu singulier chez les Preux qui, bien plus tard, ont connu les heures grandioses et tragiques de la Jérusalem médiévale.
Les Seigneurs batailleurs y couraient la quintaine pour s'entraîner en vue des prochains combats contre l'infidèle et pour nourrir leur agressivité guerrière.
Mais d'où vient ce nom ?
D'un certain Quintus, nous dit-on.
Un romain qui aurait inventé ce jet d'un javelot contre des boucliers, attachés à des pieux fixés en terre.
D'autres chercheurs font remarquer qu'au temps de la Chevalerie médiévale, cet exercice n'avait lieu que tous les 5 ans, d'où le nom de quintaine, comme nous disons de braves gens parvenus à 50 ans qu'ils sont des quinquagénaires.
Il arrive souvent que le terme quintaine soit réservé encore pour désigner une sorte de mannequin grossier qui représentait aux yeux de nos preux chevaliers l'ennemi de toujours : l'infidèle, le païen, un Sarrasin, un Turc… auxquels on pense alors, en lançant son cheval contre ce "Jacquemin" primitif.
Et aujourd'hui, quand nous disons d'un pauvre individu qu'il est "la tête de turc" de son entourage, assez cruel pour ironiser à son end rait et l'accabler, il semble bien qu'il y ait là une réminiscence de cet ennemi qu'on devait happer à la tête et sur lequel on s'acharnait... par amusement.
Enfin, "quintaine", qui désignait donc un jeu ou le mannequin qui doit être touché au visage, s'appliquait aussi à la lance avec laquelle on le frappait et qui, curieusement, devait être brisée contre celui-ci, sans doute pour prouver la force du coup porté à l'ennemi imaginaire.
Une dernière signification à ce terme est assez inattendue.
Elle remonte aux Romains encore.
Quintaine pouvait désigner le lieu où se déroulait ce combat fictif : une voie militaire, de cinquante pieds de large, limitée par cinq tentes à droite, cinq encore à gauche (toujours le chiffre cinq) et qui étaient occupées par les légionnaires.
C'était avant le cinquième siècle de notre ère !
Ces antiques jeux sur le forum romain ont-ils donné leur nom à la quintaine que nous connaissons ?
Des érudits le prétendent.
Et, bien plus tard, dans notre Anjou voisin par exemple, on désignera par "quintes" l'espace de 5 000 pas, à proximité de la cité (Angers) où se "tirait" la quintaine.
Il s'agit bien là d'un "noble jeu" qui a traversé des siècles de bravoure combative.



















































